Tout augmente, sauf le bon sens
Il y a des périodes où l’on a l’impression que tout augmente. Les courses, l’électricité, les abonnements, l’assurance, le moindre service du quotidien. Et puis il y a ce détail qui saute aux yeux, lui, ne suit pas la courbe. Le bon sens.
On nous explique que c’est normal. Que c’est la conjoncture. Que c’est la transition. Que c’est la guerre, le climat, le marché mondial, les flux logistiques. Très bien. Mais au bout d’un moment, on se demande surtout pourquoi chaque hausse s’accompagne d’une couche supplémentaire d’absurdité.
Avant, on achetait un objet. Aujourd’hui, on souscrit à un service.
Avant, on appelait quelqu’un. Aujourd’hui, on parle à un robot.
Avant, on réglait un problème en deux minutes. Maintenant, il faut créer un compte, recevoir un code, valider un lien, accepter des cookies et cocher trois cases.
Le progrès devait nous simplifier la vie. Il nous la complique.
Même faire ses courses est devenu une petite aventure. Les formats changent, les prix montent, les promotions sont illisibles. On réduit les quantités, on renomme les produits, on emballe différemment. Résultat, on paie plus cher pour moins, avec en prime l’impression d’être pris pour un jambon. Fascinant.
Et ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est aussi une question de logique.
Pourquoi faut-il trois applications pour gérer une seule démarche ?
Pourquoi faut-il scanner un QR code pour accéder à une information imprimée juste à côté ?
Pourquoi remplace-t-on un objet réparable par un appareil scellé ?
Tout devient plus sophistiqué, mais rarement plus intelligent.
Le plus incroyable, c’est qu’on finit par s’y habituer. On râle cinq minutes, puis on passe à autre chose. On intègre l’absurde comme un élément normal du décor. Comme si c’était nous le problème, pas le système.
Et pourtant, il suffit parfois de prendre un peu de recul pour voir à quel point tout cela est devenu étrange.
On nous parle d’efficacité, de modernité, d’optimisation. Mais dans la vraie vie, on perd du temps, on dépense plus, et on se sent souvent moins libre. Drôle de progrès.
Est-ce qu’on a vraiment gagné quelque chose à transformer chaque geste simple en procédure compliquée ?
Le plus triste, c’est peut-être ça. À force de tout rationaliser, de tout automatiser, de tout rentabiliser, on a laissé filer quelque chose d’essentiel. Cette capacité à faire simple quand c’est possible. À privilégier l’usage plutôt que le concept. À appliquer un minimum de bon sens avant de sortir une nouvelle règle ou un nouveau service.
Oui, tout augmente. Les factures, les contraintes, la fatigue mentale.
Mais le bon sens, lui, semble être resté au même endroit.
Nota Bene :
Parfois, il suffit de regarder son ticket de caisse ou son espace client pour comprendre que le vrai luxe aujourd’hui, ce n’est pas l’argent. C’est la simplicité. Et elle devient rare.
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