Histoire de Venturi : la sportive française qui voulait défier Ferrari
Dans l’univers automobile français, les rêves de rivaliser avec Ferrari sont rares. Et plus rares encore sont ceux qui osent les concrétiser. Venturi fait partie de ces exceptions. Née dans les années 80, la marque s’est imposée comme un OVNI dans le paysage hexagonal : une GT puissante, élégante, fabriquée à la main, pensée pour affronter les meilleures Italiennes et Allemandes. Retour sur l’histoire de Venturi, une aventure aussi brillante que fragile, entre passion mécanique et quête d’excellence.
Crédit photo: Prototype Ventury Claude Poiraud et Gérard Godfroy
Naissance d’un rêve tricolore : les débuts de Venturi
Tout commence en 1984, au Salon de Paris. Deux ingénieurs passionnés, Claude Poiraud et Gérard Godfroy, présentent un prototype nommé Ventury, avec un “y” à l’époque. Leur ambition ? Créer une GT française digne de rivaliser avec Porsche et Ferrari, en alliant élégance, performance et fabrication artisanale.
La voiture fait sensation. Son design fluide, ses lignes tendues et sa position basse la placent d’emblée dans la cour des grands. Pourtant, tout reste à faire : développer une version de série, trouver des investisseurs, bâtir une usine. Les fondateurs se retroussent les manches et transforment leur rêve en entreprise. Le “y” devient un “i”, Venturi est née.
Crédit photo: carjager Venturi 400GT
Histoire de Venturi : une ambition à la française
Les premiers modèles de série arrivent à la fin des années 80. La Venturi 200 inaugure la gamme : un coupé deux places, moteur PRV V6 2,8 litres en position centrale arrière, 200 ch, 235 km/h. Puis viennent les 260, les Transcup, les modèles à boîte manuelle renforcée. Chaque voiture est montée à la main, avec une finition soignée et une attention rare pour l’époque.
Mais c’est surtout la 260 Atlantique qui symbolise la maturité de la marque. Avec son look racé, ses performances solides et sa tenue de route exemplaire, elle devient l’image de Venturi dans les années 90. Le style évoque une Lotus Esprit ou une Porsche 911, mais avec une touche française assumée. C’est également à cette époque que Venturi dévoile la 400 GT, une version radicale développée pour la compétition et homologuée route, forte de 408 ch et d’un 0 à 100 km/h en à peine 4 secondes, la plus puissante GT française de son époque.
Les moteurs sont d’origine Peugeot-Renault-Volvo, retravaillés pour gagner en nervosité. Venturi n’a pas les moyens de concevoir ses propres blocs, mais les optimise intelligemment. Résultat : des performances très honorables, et une conduite vivante, parfois même piégeuse, à l’image des sportives de caractère.
Venturi face aux géants : le pari de l’excellence artisanale
Face à Porsche, Lotus ou Ferrari, Venturi mise sur un positionnement niche et haut de gamme. Pas question de rivaliser sur les volumes : la marque joue la carte de la rareté, de l’originalité, de la qualité artisanale.
Chaque exemplaire est quasiment unique, configuré sur commande, avec un soin particulier porté à la carrosserie, aux cuirs, à l’assemblage. À l’époque, aucune autre marque française ne propose un tel niveau de personnalisation pour une GT. Venturi incarne l’antithèse des chaînes industrielles : une voiture pensée comme un objet d’art mécanique.
Mais cette excellence a un coût. La marque peine à convaincre les réseaux de distribution, les pièces sont chères, le SAV complexe. Et surtout, les moyens financiers manquent pour développer la notoriété. Le rêve français commence à montrer des signes de fatigue…
Fondée initialement sous le nom de MVS (Manufacture de Voitures de Sport), Venturi change officiellement de nom à la fin des années 80. La marque se structure autour de modèles emblématiques comme la Venturi 200, puis la 260 Atlantique, avant de franchir un cap avec la 400 GT, véritable vitrine technologique. Cette montée en gamme rapide, couplée à une production artisanale coûteuse, pèsera durablement sur l’équilibre financier de l’entreprise.
Crédit photo: sportauto Venturi Transcup
Les années noires et les renaissances successives
En 1996, après un peu plus de 700 voitures produites, Venturi dépose le bilan. L’entreprise n’a pas réussi à trouver son public au-delà des passionnés. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
La marque est reprise par l’homme d’affaires monégasque Gildo Pastor, qui injecte de nouveaux capitaux et une vision différente. Il tente d’abord un retour sur le devant de la scène en Formule 1, via une collaboration avec l’écurie Larrousse. C’est un échec. Mais l’idée d’une renaissance est toujours là.
Le vrai virage arrive dans les années 2000, avec une orientation totalement nouvelle : l’électrique. Venturi devient pionnière dans le domaine. L’objectif n’est plus de produire en série, mais d’explorer les limites technologiques : autonomie, vitesse, efficacité.
Crédit photo: Venturi Véhicule de record VBB-3
Venturi et l’électrique : des records à la lune
En 2009, Venturi dévoile le VBB-3, un véhicule électrique de record, développé en collaboration avec l’université de l’Ohio. Ce bolide de plus de 3 000 chevaux vise un objectif fou : battre le record de vitesse électrique.
C’est chose faite en 2016, sur le lac salé de Bonneville : 549 km/h. Un exploit salué dans le monde entier. Venturi devient une vitrine technologique, une sorte de laboratoire roulant, au service d’une nouvelle ère de mobilité.
Parallèlement, la marque s’implique dans la Formule E, le championnat électrique FIA. Elle y développe ses propres châssis, ses motorisations, et signe des partenariats techniques solides. Venturi ne vend plus de voitures, mais continue d’exister à travers l’innovation et le défi technologique.
Dernière étape en date : Venturi Lab travaille désormais sur un rover lunaire en partenariat avec Venturi Astrolab, une division tournée vers l’exploration spatiale. Des records de vitesse aux missions lunaires, la marque poursuit son destin hors norme.
Crédit photo: rsiauto Venturi 260 atlantique
Venturi aujourd’hui : image, héritage et rareté
Aujourd’hui, les Venturi des années 90 sont devenues des pièces de collection. Peu d’exemplaires produits, encore moins en bon état, et une aura de marque “disparue” qui séduit les amateurs éclairés.
La 260 Atlantique, en particulier, commence à prendre de la valeur. Elle incarne une époque révolue : celle où une petite équipe française croyait possible de défier les mastodontes du luxe automobile. C’était fou. C’était courageux. Et c’était très français.
Quant à l’entreprise actuelle, elle est toujours basée à Monaco, et continue ses travaux de recherche. Venturi est désormais un acteur discret mais respecté de la scène électrique. Son héritage reste intact : celui d’un constructeur audacieux, élégant, qui n’a jamais triché sur ses ambitions.
Conclusion
L’histoire de Venturi, c’est celle d’un rêve à la française. Créer une GT originale, performante, luxueuse, dans un pays qui préfère les citadines et les berlines familiales. Un rêve qui a pris forme, roulé sur les routes, affronté les tempêtes, changé de peau, mais n’a jamais renié son identité.
Si peu de marques peuvent se vanter d’avoir fait trembler Ferrari, Venturi peut au moins affirmer l’avoir tenté. Et c’est déjà une forme de victoire, à sa manière.
Nota Bene :
Il reste moins de 300 Venturi roulantes dans le monde. Et pourtant, leur image dépasse leur nombre. Comme quoi, dans l’automobile, la rareté et la sincérité peuvent forger une légende.
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