Gabegie de l’État : quand les petits privilèges deviennent un sport national
On croit parfois que la gabegie de l’État appartient à un autre temps, à l’époque bénie des “cigares et petits fours”. Mais chaque semaine, un nouvel épisode vient nous rappeler que le sport préféré de certains hauts responsables, c’est d’abord de brouiller la frontière entre service public… et service personnel.
La dernière trouvaille ? Le préfet de Haute-Loire, parti tranquillement en vacances en famille en Italie, au volant de sa voiture de fonction. Un accident, quelques coups de fil, et hop : une berline officielle avec chauffeur affrétée sur fonds publics pour rapatrier Monsieur depuis la frontière. Pas sûr que l’administration y voie un problème, mais côté moralité, on a déjà vu mieux.
Ce n’est pas tant le coût qui choque : on ne comblera pas le déficit du pays avec quelques pleins d’essence et deux autoroutes. Non, ce qui étonne (ou fatigue, selon l’humeur du jour), c’est la facilité déconcertante avec laquelle l’État devient la voiture-balai des puissants. Le vrai privilège, c’est de ne même plus s’en rendre compte.
Et il n’est pas seul à briller au palmarès.
Souviens-toi d’Agnès Saal, l’ancienne patronne de l’INA, qui a explosé le compteur avec plus de 685 courses de taxi sur notes de frais, dont de nombreux trajets pour ses enfants. Sanctionnée, certes… mais combien d’autres passent sous le radar ?
Ou de Mathieu Gallet, à l’époque président de l’INA puis de Radio France : un bureau refait à 100 000 euros, une Peugeot 508 flambant neuve achetée “pour la mission” — on appréciera l’interprétation très large du service public.
Plus récemment, la ministre Carole Grandjean, épinglée pour avoir mobilisé ses chauffeurs officiels… pour aller chercher le goûter de ses enfants. Quand on te disait que l’État, c’est aussi la nounou de luxe !
Ces histoires, c’est un peu la “série Netflix” de la vie politique française : rien d’illégal (officiellement), rarement scandaleux au sens pénal, mais tout simplement obscène dans un pays où l’on demande aux autres de se serrer la ceinture.
La vraie question n’est plus “combien ça coûte”, mais : qu’est-ce que ça révèle de la mentalité d’une classe qui pense que le bien commun est son coffre à jouets personnel ?
Pendant que les citoyens s’excusent de réclamer un rendez-vous en préfecture, certains vivent le service public comme un Uber sans limite.
Nota Bene :
La gabegie de l’État, ce n’est pas que le grand détournement : c’est surtout l’accoutumance aux petits privilèges, ceux qu’on ne justifie même plus.
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