Aston Martin DB5 Shooting Brake, break de chasse dérivé du célèbre coupé britannique
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Break de chasse : comment ce drôle de coupé-break est-il devenu culte ?

Il suffit souvent d’un regard pour reconnaître un break de chasse, mais beaucoup moins pour le définir. Sa recette paraît pourtant simple : deux portes latérales, un toit prolongé jusqu’à l’arrière, un hayon et davantage de place pour les bagages, le tout en conservant l’allure et souvent les performances d’un coupé. Derrière cette silhouette atypique se cache une histoire bien plus ancienne que la Volvo 1800ES ou la Ferrari FF. Né d’un besoin très britannique, le shooting brake a traversé les décennies sans jamais devenir une carrosserie de grande diffusion. C’est précisément cette rareté qui en a fait un objet à part dans l’histoire automobile.

Crédit photo: Illustration Reliant Scimitar GTE

Reliant Scimitar GTE orange, break de chasse britannique à deux portes

Qu’est-ce qu’un break de chasse et d’où vient son nom ?

Un break de chasse est traditionnellement une automobile à deux portes qui associe l’allure d’un coupé à un pavillon prolongé et à l’espace de chargement d’un break. Mais son nom ne vient pas de l’automobile sportive : le shooting brake britannique désignait à l’origine un véhicule permettant de transporter chasseurs, armes et matériel.
Avant l’automobile, le mot brake était déjà utilisé pour certaines voitures hippomobiles. Avec l’arrivée des premières automobiles, le principe est repris par une clientèle aisée qui souhaite disposer d’un véhicule capable d’emporter hommes, chiens, fusils et bagages lors des parties de chasse.

Peu à peu, cette fonction utilitaire se rapproche du grand tourisme. Des propriétaires de voitures luxueuses font transformer leurs coupés afin d’obtenir davantage d’espace sans passer au traditionnel break familial. Le concept moderne est né : une voiture élégante et performante qui accepte soudain beaucoup plus de bagages.
Cette origine explique pourquoi le break de chasse restera longtemps associé aux marques prestigieuses et aux réalisations artisanales plutôt qu’aux grands volumes industriels.

Crédit photo: Illustration Aston Martin DB5 Shooting Break

Chevrolet Nomad et Aston Martin : le break de chasse prend forme

Dans les années 1950 et 1960, la Chevrolet Nomad et les Aston Martin transformées en Shooting Brake donnent au concept sa silhouette moderne : deux portes, grand volume arrière et présentation beaucoup plus séduisante que celle d’un break utilitaire. Mais Américains et Britanniques vont parvenir au même résultat par deux chemins très différents.
Présentée en série en 1955, la Chevrolet Nomad reprend une idée apparue sur le concept Corvette Nomad du Motorama 1954. La version de production utilise la base de la Chevrolet Bel Air et conserve deux portes latérales. Avec 8 386 exemplaires produits dès 1955, elle éloigne déjà cette architecture de la fabrication strictement artisanale.

Chez Aston Martin, la démarche reste au contraire extrêmement exclusive. Des DB5 sont transformées en Shooting Brake afin d’offrir l’espace d’un break tout en conservant le raffinement et les performances de la GT britannique. Le contraste résume déjà les deux visages du genre : le break de chasse peut être une véritable voiture de série ou une transformation presque unique réalisée pour un propriétaire fortuné.

Aston Martin DB5 Shooting Brake, break de chasse dérivé du célèbre coupé britannique

Reliant Scimitar GTE : quand le concept devient une vraie voiture de série

En 1968, la Reliant Scimitar GTE donne une nouvelle dimension à la formule. Plus question ici de transformer après coup un coûteux coupé de prestige : la voiture est conçue comme une sportive pratique, avec carrosserie en fibre de verre, moteur V6 Ford, sièges arrière rabattables et grand hayon.
Son dessin signé Ogle Design conserve une partie avant basse et sportive tandis que le pavillon se prolonge jusqu’à l’extrémité de la carrosserie. La Scimitar démontre surtout qu’une automobile peut offrir un véritable volume de chargement sans adopter l’apparence d’un break familial.
C’est une étape importante dans l’histoire du break de chasse. Celui-ci n’est plus seulement une extravagance destinée à quelques gentlemen britanniques. Il devient une proposition commerciale à part entière, même si elle reste marginale face aux coupés et aux breaks conventionnels.

Crédit photo: Illustration Volvo P1800 ES

Volvo 1800ES jaune, break de chasse à deux portes avec son grand hayon vitré

Volvo 1800ES, Lotus Elite et Lancia Beta HPE : les années 1970 l’adoptent

Les années 1970 constituent probablement l’âge d’or de cette architecture. La Volvo 1800ES, présentée à l’automne 1971, en devient l’une des représentantes les plus célèbres. Volvo conserve la mécanique de la 1800 mais redessine entièrement sa partie arrière, prolonge le toit et augmente considérablement l’espace disponible pour les bagages. Son spectaculaire hayon entièrement vitré devient sa signature.

La carrière sera pourtant très courte : seulement deux années-modèles, 1972 et 1973. Volvo en produira 8 078 exemplaires, avant que le durcissement des normes de sécurité américaines ne rende son adaptation trop coûteuse.
D’autres constructeurs explorent simultanément cette voie. La Lotus Elite Type 75 transpose l’idée dans une GT légère et sportive à quatre places, tandis que la Lancia Beta HPE propose une interprétation plus accessible et polyvalente. Trois philosophies différentes apparaissent ainsi autour d’une même idée : conserver le caractère d’un coupé tout en rendant son coffre réellement utilisable.

Crédit photo: Illustration Jaguar XJS Eventer

Jaguar XJS Lynx Eventer, transformation du coupé britannique en break de chasse

Jaguar XJS Eventer et BMW Z3 Coupé : le break de chasse refuse de disparaître

Lorsque cette mode s’essouffle, le break de chasse retrouve ses origines artisanales. À partir du début des années 1980, Lynx transforme la Jaguar XJS en Eventer. La ligne arrière est entièrement repensée afin de créer un vaste espace à bagages sans supprimer l’élégance de la grande GT anglaise.
L’opération reste extrêmement confidentielle. Seulement 67 Lynx Eventer auraient été construites jusqu’en 2002, presque toutes à la main et sur commande. La plupart conservent même le V12 de la XJS.

Puis BMW surprend tout le monde en 1998 avec la Z3 Coupé. Son long capot, son habitacle reculé et son arrière presque vertical lui valent rapidement le surnom de Clown Shoe. Le dessin divise, mais respecte remarquablement la recette historique : deux portes, mécanique de sportive et espace arrière étonnamment généreux.
Le break de chasse confirme alors l’une de ses caractéristiques fondamentales : il plaît rarement à tout le monde, mais laisse rarement indifférent.

Crédit photo: Illustration Ferrari FF

Ferrari FF et GTC4Lusso : le break de chasse poussé jusqu’au V12

Ferrari pousse finalement la formule à un niveau presque improbable avec la FF, présentée en 2011. La marque associe quatre places, un grand hayon, une transmission intégrale originale et surtout un V12 installé à l’avant. La GTC4Lusso lui succède en 2016 en conservant cette silhouette inhabituelle.
Le principe n’a finalement guère changé depuis les premières transformations britanniques : permettre de voyager vite et loin sans devoir choisir entre plaisir automobile, passagers et bagages. Simplement, les performances atteignent désormais celles que l’on attend d’une Ferrari.

Le succès du terme shooting brake a cependant fini par brouiller sa définition. Plusieurs constructeurs l’ont depuis appliqué à des modèles possédant quatre portes latérales. Leur pavillon fuyant peut rappeler celui d’un coupé, mais ils s’éloignent de la conception historique retenue ici. Un véritable break de chasse reste, pour nous, cette étrange rencontre entre un coupé deux portes et un break.

Ferrari FF blanche, break de chasse à quatre places équipé d’un moteur V12

Conclusion

Le break de chasse n’a jamais vraiment cherché à remplacer le coupé ou le break traditionnel. Il est précisément né de l’envie de ne pas choisir entre les deux. De la Chevrolet Nomad aux Aston Martin artisanales, de la Scimitar GTE à la Volvo 1800ES, puis de la BMW Z3 Coupé aux Ferrari FF et GTC4Lusso, chaque époque a réinterprété la même idée.
Commercialement marginale, cette carrosserie a pourtant engendré quelques-unes des silhouettes les plus reconnaissables de l’histoire automobile. Peut-être parce qu’un break de chasse possède justement ce que les catégories automobiles parfaitement rationnelles ont rarement : une bonne part d’excentricité.

Nota Bene :

du shooting brake britannique destiné à la chasse aux Ferrari V12 modernes, le break de chasse a constamment mêlé sportivité, élégance et capacité de chargement. Une formule rare qui explique pourquoi Volvo 1800ES, Reliant Scimitar ou BMW Z3 Coupé sont aujourd’hui devenues des automobiles aussi singulières que recherchées.

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