Lancia Aurelia B20 et B24 : comment ont-elles inventé la GT moderne ?
La Lancia Aurelia B20 apparaît en 1951 dans une Europe automobile encore largement dominée par des berlines auxquelles les constructeurs ajoutent parfois davantage de puissance. Lancia suit une autre voie : concevoir une automobile capable de rouler vite sur de longues distances, sans sacrifier le confort ni l’équilibre du comportement. Avec son élégant coupé 2+2, son V6 et une architecture particulièrement sophistiquée, la B20 rassemble ainsi plusieurs ingrédients de ce que l’on appellera bientôt une véritable Gran Turismo.
Quelques années plus tard, la B24 transpose cette philosophie dans une automobile ouverte, plus courte et beaucoup plus exclusive. B20 et B24 ne peuvent pas revendiquer à elles seules l’invention du grand tourisme, mais elles ont contribué à donner à la GT moderne une définition qui reste étonnamment actuelle.
Crédit photo: Illustration Lancia Aurelia B20 GT
Lancia Aurelia B20 : pourquoi est-elle considérée comme l’une des premières GT modernes ?
Présentée en 1951, la Lancia Aurelia B20 n’est pas simplement une version deux portes de l’Aurelia. Sa carrosserie fastback réalisée par Pinin Farina, ses quatre places et ses performances en font une voiture pensée pour parcourir rapidement de longues distances, tout en restant suffisamment confortable et utilisable pour voyager.
C’est précisément ce qui distingue une Gran Turismo d’une sportive pure. Avant la B20, des automobiles rapides, luxueuses et capables de grands voyages existaient déjà. Lancia n’invente donc pas soudainement le concept. En revanche, la B20 réunit dans une automobile de série compacte et cohérente des qualités jusque-là rarement associées avec autant d’efficacité : performances, confort, tenue de route et polyvalence.
Son évolution confirme cette ambition. Le V6 de 2 litres des premières B20 gagne progressivement en cylindrée et en puissance, jusqu’aux versions 2,5 litres. La GT ne doit plus seulement être élégante : elle doit permettre de voyager vite et longtemps sans devenir une voiture de course inconfortable sur route.
Crédit photo: cars-bonhams Moteur Lancia Aurelia B20 GT
Un V6 et une architecture technique très en avance sur leur époque
La modernité de l’Aurelia ne repose pas uniquement sur son moteur. Son célèbre V6, développé sous la direction de Francesco De Virgilio, est généralement considéré comme le premier V6 de série. Une architecture compacte qui deviendra pourtant extrêmement répandue plusieurs décennies plus tard.
Lancia va beaucoup plus loin. La boîte de vitesses est installée à l’arrière avec le différentiel selon une architecture transaxle, ce qui contribue à mieux répartir les masses entre les deux essieux. L’Aurelia adopte également des suspensions indépendantes, autre choix particulièrement sophistiqué au début des années 1950.
Pris séparément, chacun de ces éléments constitue déjà une innovation importante. C’est leur association qui rend la B20 réellement remarquable : Lancia ne recherche pas seulement la puissance maximale, mais l’équilibre général de la voiture. Cette approche explique pourquoi l’Aurelia pouvait combiner vitesse, stabilité et confort sur des routes qui étaient alors très éloignées de celles que nous connaissons aujourd’hui.
Crédit photo: Illustration Lancia Aurelia B20 en course
De la route à la compétition : la B20 prouve que la formule fonctionne
La meilleure démonstration des qualités de la B20 viendra rapidement de la compétition. En 1951, une Aurelia B20 termine deuxième au classement général des Mille Miglia, derrière une Ferrari beaucoup plus puissante. Un résultat exceptionnel pour une voiture dont la conception reste fondamentalement celle d’une GT utilisable sur route.
L’Aurelia s’illustre également aux 24 Heures du Mans et dans d’autres grandes épreuves d’endurance. Ces engagements ne sont pas anecdotiques : ils montrent qu’une automobile capable de transporter confortablement ses occupants sur de longues distances peut également se révéler extrêmement efficace lorsqu’elle est poussée à ses limites.
La B20 valide ainsi sur le terrain la philosophie du grand tourisme. Elle n’est ni une confortable berline transformée en coupé, ni une voiture de course difficilement adaptée à la route. Elle occupe précisément l’espace entre ces deux mondes, celui que de nombreuses Ferrari, Maserati, Aston Martin et autres grandes GT exploiteront ensuite pendant des décennies.
Crédit photo: Illustration Lancia Aurelia B24 Spider America
Lancia Aurelia B24 : du coupé GT au mythique Spider America
Lorsque Lancia développe la B24 à partir de l’Aurelia, la recette change sensiblement. L’empattement est raccourci par rapport à celui de la B20 et la carrosserie ouverte dessinée par Pinin Farina devient beaucoup plus spectaculaire. La B24 Spider America, apparue au milieu des années 1950, possède notamment un pare-brise panoramique et une présentation volontairement dépouillée. Seulement 240 Spider B24 sont produits, ce qui explique en partie leur extraordinaire valeur actuelle. La destination américaine d’une partie importante de la production contribuera également au « Spider America ».
Il faut toutefois distinguer ce Spider de la B24 Convertible qui lui succède. Plus civilisée, celle-ci reçoit notamment de véritables vitres latérales et un équipement mieux adapté à une utilisation régulière. Les deux sont aujourd’hui souvent regroupées sous l’expression « Lancia Aurelia cabriolet », mais elles correspondent à deux interprétations assez différentes de la même voiture : l’une radicale et minimaliste, l’autre davantage tournée vers le grand tourisme.
Crédit photo: cars-bonhams Intérieur Lancia Aurelia B20 GT
Pourquoi les Lancia Aurelia B20 et B24 sont-elles devenues des voitures de légende ?
La B20 et la B24 partagent la même famille mécanique et une philosophie commune, mais leur importance historique n’est pas exactement la même. La B20 est surtout fondamentale par son influence : elle a démontré qu’une voiture de série pouvait conjuguer performances, confort, sophistication technique et aptitude aux longs voyages sans devoir choisir entre sportive et routière.
La B24 est devenue légendaire pour d’autres raisons. Sa production beaucoup plus faible, ses proportions, son dessin signé Pinin Farina et le dépouillement du Spider America en ont fait une automobile de collection exceptionnellement recherchée. Elle représente une déclinaison plus exclusive et émotionnelle de la formule inaugurée par la B20.
Cette différence explique aussi pourquoi les deux voitures se complètent aussi bien dans l’histoire de Lancia. La B20 raconte l’apparition d’une nouvelle manière de concevoir une automobile performante, tandis que la B24 montre jusqu’où cette philosophie pouvait être poussée lorsqu’elle rencontrait l’élégance d’un grand roadster italien.
Conclusion
Les Lancia Aurelia B20 et B24 n’ont pas inventé à elles seules l’idée de voyager vite dans une automobile confortable. Mais la B20 a réuni dès 1951 une combinaison particulièrement moderne de performances, équilibre, technologie et polyvalence qui a contribué à fixer les codes de la Gran Turismo. La B24 en a ensuite proposé une interprétation ouverte, plus rare et spectaculaire.
Plus de soixante-dix ans après leur apparition, leur héritage dépasse donc largement celui de deux belles Lancia anciennes. La B20 compte parmi les automobiles qui ont donné sa forme moderne à la GT, tandis que la B24 en reste l’une des expressions les plus élégantes et désirables.
Nota Bene :
De la B20 GT au rare Spider America B24, la Lancia Aurelia associe premier V6 de série, architecture transaxle, succès en compétition et carrosseries Pinin Farina. Une concentration d’innovations qui explique pourquoi l’Aurelia occupe encore une place particulière dans l’histoire des grandes GT italiennes.
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