Mille Miglia historique – course automobile italienne emblématique
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Mille Miglia : la course italienne la plus folle de l’histoire

Entre 1927 et 1957, une épreuve pas comme les autres a enflammé l’Italie, les foules et les moteurs. La Mille Miglia, soit mille miles de routes ouvertes parcourus à fond la caisse, a été bien plus qu’une simple course automobile : c’était un phénomène national, un moment suspendu où la passion débordait du bitume. Sur ces 1 600 kilomètres reliant Brescia à Rome et retour, les plus grands pilotes et les voitures les plus folles se sont affrontés dans un mélange d’endurance, de panache et parfois… d’inconscience. Retour sur cette course de légende à l’italienne.

Crédit photo: wikipedia Première course en 1927

Mille Miglia 1927 première édition

La Mille Miglia: une idée folle née à Brescia

Tout commence en 1927, quand quatre aristocrates de Brescia, Franco Mazzotti, Aymo Maggi, Giovanni Canestrini et Renzo Castagneto, décident de créer une course unique, en réaction au transfert du Grand Prix d’Italie de Brescia vers Monza. Leur idée ? Relier Brescia à Rome et retour, soit 1 600 km (ou “mille miles”) sur routes ouvertes, sans neutralisation, ni interruption.

L’initiative est accueillie avec enthousiasme. En pleine montée de la passion automobile en Europe, l’idée d’une course traversant l’Italie rurale séduit autant les constructeurs que le public. La première édition a lieu en mars 1927, sous la neige, et est remportée par Giuseppe Morandi sur OM. L’histoire est lancée.

Crédit photo: wikipedia Alfa Romeo 6C 1936

1 000 miles de routes ouvertes : le principe dément

La Mille Miglia se déroule sur un parcours entièrement ouvert à la circulation. Les voitures partent les unes après les autres, à intervalles, dans une course contre la montre. Elles traversent montagnes, campagnes, villages, et même des centres-villes, à fond de train, sans barrières ni ralentisseurs. Les spectateurs se massent sur les bas-côtés, les enfants courent derrière les bolides, les vaches traversent parfois la route.

Chaque virage devient un pari. Et pourtant, pendant trente ans, des milliers de voitures prennent le départ dans une ambiance à la fois joyeuse et délirante. C’est un peu comme organiser un Grand Prix dans une carte postale vivante.

Mille Miglia Alfa Romeo 6C 1936

Alfa Romeo, reine de la première époque

Dès la fin des années 1920, une marque s’impose : Alfa Romeo. Entre 1928 et 1938, la firme italienne remporte 10 éditions sur 11, imposant ses 6C et 8C comme les reines de la route. Ces voitures, pourtant proches des modèles de série, sont poussées à leur maximum par des pilotes au sang chaud.
Parmi eux, un nom brille : Tazio Nuvolari. En 1930, sur une Alfa 6C 1750, il signe l’un des plus grands coups de bluff de l’histoire : roulant de nuit tous feux éteints pour ne pas être vu, il dépasse Varzi à quelques kilomètres de l’arrivée. La légende est en marche, et l’Italie entière vibre avec ses héros.

Crédit photo: rangedesvoitures Mercedes SLR de Sterling Moss 1955

Mille Miglia Mercedes SLR Serling Moss 1955

Mercedes et Stirling Moss : l’exploit de 1955

La course devient peu à peu un rendez-vous international, et dans les années 1950, les marques allemandes et britanniques s’en mêlent. En 1955, Mercedes engage plusieurs 300 SLR avec des équipages d’élite. Parmi eux : Stirling Moss, accompagné du journaliste Denis Jenkinson.

Grâce à des notes de parcours détaillées — un ancêtre du copilote de rallye — Moss signe un exploit absolu : 1 600 km parcourus en 10 heures, 7 minutes et 48 secondes, à une vitesse moyenne de 157,65 km/h sur routes ouvertes. C’est tout simplement irréel.
Et dire qu’il y avait encore des bicyclettes sur la route ce jour-là.

Crédit photo: wikipedia Ferrari 335S 1955

Mille Miglia Ferrari 335S 1955

Mille Miglia, course maudite ?

Mais la Mille Miglia, c’est aussi un bilan humain terrible. Plus de 50 morts sont recensés sur l’ensemble des éditions, pilotes comme spectateurs. Les voitures deviennent de plus en plus puissantes, mais les routes, elles, restent inchangées : bordées de platanes, de maisons et de foules incontrôlables.

En 1957, l’accident de la Ferrari 335 S de Alfonso de Portago, à plus de 250 km/h, fait 11 victimes, dont plusieurs enfants. C’est la goutte de trop. Les autorités italiennes, jusque-là permissives, décident l’arrêt définitif de la course. L’édition 1958 est annulée. La Mille Miglia, dans sa version originale, appartient désormais à l’histoire.

Crédit photo: wikipedia Mille Miglia Historique

La renaissance en version historique

Mais les légendes ne meurent jamais vraiment. En 1977, la Mille Miglia renaît sous une forme nouvelle : un rallye de régularité historique, réservé aux véhicules ayant participé aux éditions d’origine. Pas de chrono insensé, pas de vitesse déraisonnable, mais une ambiance unique, fidèle à l’esprit de l’époque.

Aujourd’hui encore, chaque année au mois de mai, des centaines de voitures d’avant 1957 s’élancent depuis Brescia pour revivre cette épopée. Mercedes 300 SL, Ferrari, Alfa Romeo, Bugatti, Bentley… Tous les mythes sont là, accompagnés par des pilotes passionnés et parfois même quelques célébrités.

C’est devenu un pèlerinage autant qu’une vitrine, célébrant un âge d’or où l’automobile flirtait avec la folie… et la poésie.

Mille Miglia historique

Conclusion

La Mille Miglia n’était pas seulement une course. C’était un théâtre mécanique à ciel ouvert, une aventure humaine, technique, nationale. Elle a révélé des marques, élevé des pilotes au rang de dieux, et fait vibrer des générations entières d’Italiens. En disparaissant, elle a laissé un vide — mais aussi une trace profonde dans la mémoire collective de l’automobile. Aujourd’hui encore, la Mille Miglia fascine par son mélange de vitesse pure et de romantisme mécanique. On y voit défiler les plus belles voitures anciennes du monde, entre villages figés dans le temps et foules passionnées. Une course disparue mais jamais oubliée, presque un parfum d’Italie éternelle.
Aujourd’hui, même à 50 km/h sur les routes de Toscane, le simple fait d’en évoquer le nom suffit à réveiller les passions. Mille Miglia. Un nom, une course, une époque.

Nota Bene :

La Mille Miglia, c’était ça : des voitures lancées à pleine vitesse dans des villages où les cloches sonnaient encore à la main. Une course où l’on applaudissait plus fort que les moteurs.

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