Changer le nom des EHPAD… comme si cela allait changer la réalité
Le Gouvernement a donc trouvé une solution pour améliorer les EHPAD. Changer leur nom.
D’ici 2027, les établissements deviendront officiellement des “Maisons France Autonomie”. Et plus on regarde cette annonce, plus une question finit par venir naturellement. Pensent-ils vraiment que cela changera quoi que ce soit ?
Car enfin, les difficultés du secteur sont connues depuis des années. Manque de personnel, épuisement des équipes, conditions de travail dégradées, manque de moyens, vieillissement de la population, dépendance lourde des résidents. Mais visiblement, l’urgence serait désormais… lexicale.
Et c’est probablement ce qui choque le plus dans cette manière de gouverner devenue presque une spécialité française. Lorsqu’un système fonctionne mal, on commence souvent par changer son nom, son logo, son label ou son intitulé administratif. Comme si le problème venait des mots. Le plus ironique, c’est que même les professionnels du secteur ont immédiatement réagi avec une rare violence. La Société Française de Gériatrie parle elle-même d’“exercice de communication déconnecté des réalités quotidiennes” et même “d’une forme de cynisme”.
Difficile d’être plus clair.
Et honnêtement, leur remarque sur le mot “autonomie” est presque vertigineuse. Car les personnes accueillies en EHPAD souffrent précisément d’une perte d’autonomie importante. On ne transforme pas une dépendance lourde en autonomie simplement parce qu’un décret change une appellation officielle. Les mots ont un sens. Ou du moins, ils devraient encore en avoir un.
Le plus troublant, c’est que cette annonce donne surtout l’impression d’une opération de communication pensée pour modifier la perception du problème plutôt que le problème lui-même. Car pendant qu’on change les panneaux, les formulaires et les logos, les soignants continueront demain matin à courir après le temps, à gérer le manque d’effectifs et à travailler dans des structures parfois à bout de souffle.
Et évidemment, tout cela aura aussi un coût. Nouvelle signalétique, documents administratifs, outils numériques, communication. Encore du temps et de l’argent mobilisés pour changer des mots pendant que les vrais besoins restent connus de tous. Alors deux possibilités existent.
Soit nos dirigeants pensent réellement qu’un changement de nom peut améliorer la situation, ce qui serait inquiétant. Soit ils savent parfaitement que cela ne changera rien, mais espèrent malgré tout produire un effet de communication. Et dans les deux cas, on a un peu l’impression qu’on n’a pas sorti les couteaux les plus affûtés du tiroir pour gérer le sujet.
Nota Bene :
Changer les mots peut parfois améliorer une image. Mais lorsqu’un système souffre d’un manque chronique de moyens humains et financiers, le vocabulaire finit rarement par suffire.
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