1er mai : quand l’administration se découvre une passion pour la farine
Il y a des jours où l’on se demande si certains bureaux ministériels ne tournent pas à vide. La loi interdisant à tous, et donc ausssi aux boulangers, de faire travailler leurs salariés le 1er mai est déjà, en soi, une absurdité d’un autre temps. Mais la voir brutalement appliquée après des décennies de tolérance tacite, c’est le pompon. À croire que la Répression des fraudes et l’Inspection du travail se sont trouvé une nouvelle mission : combattre la baguette du crime.
Jean-François Bandet, gérant de plusieurs boulangeries à Paris, en a fait les frais. Convoqué au commissariat pour avoir fait bosser ses salariés le 1er mai 2021, il risque jusqu’à 78 000 euros d’amende. Oui, vous avez bien lu : 78 000€. On se demande s’ils n’ont pas ajouté le délit de travail en bande organisée, histoire de corser un peu la sauce.
Ce qui choque, ce n’est pas tant la loi — vieille, poussiéreuse, mal foutue — que son application zélée et incohérente. Pendant que les artisans boulangers reçoivent des PV pour avoir vendu des pains au chocolat, certaines grandes surfaces ouvriront tranquillement le 1er mai, sans personnel mais avec caisses automatiques, agents de sécurité externalisés (eux, ils ont le droit), et rayons alcool bâchés pour la forme.
Ajoutez à ça les fast-foods ouverts en toute légalité et les fleuristes sanctionnés pour avoir vendu du muguet le jour de leur chiffre d’affaires de l’année, et vous obtenez une belle tambouille de contradictions à la française. Dans ce flou juridique, chacun fait comme il peut. Sauf que désormais, on verbalise. Au hasard. Au lance-pierre. En laissant une étrange impression : celle que ceux qui travaillent sont les vrais fautifs.
Et si demain le 1er mai devenait la journée nationale de la fermeture joyeuse ? Une sorte de grève inversée. Un rideau baissé en guise de tribune. Parce que si même vendre une baguette devient un acte de rébellion, alors autant en faire un art.
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