Merci pour votre vie de labeur, voici l’addition
Le gouvernement envisage de supprimer l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions de retraite. Une mesure « de justice fiscale », dit-on. Pourtant, ceux qui vont trinquer, ce ne sont pas les futurs retraités, mais bien ceux d’aujourd’hui. Des gens qui ont connu les 10 heures par jour, 6 jours sur 7. Des gens qui ont commencé à bosser à 14 ans, souvent sans diplôme, sans confort, sans RTT.
Prenez un maçon né en 1935. CAP en poche, il attaque à 16 ans dans le bâtiment. À l’époque, les 35 heures n’existent pas : on est plus près des 55 ou 60 heures hebdo. Pas de mutuelle, pas de prévoyance, des genoux en vrac à 50 ans. Et maintenant qu’il touche une retraite bien méritée, l’État revient avec l’addition. Pourquoi ? Parce que ces retraités-là « coûtent trop cher ».
Pourquoi ne pas réserver cette suppression à ceux qui partent à la retraite à partir de maintenant ? Ceux qui ont bossé en 35 heures, pris leurs congés maternité/paternité, leurs jours enfants malades, leurs ponts et leurs RTT. Au lieu de ça, on tape sur les plus vieux, ceux qui n’ont même pas toujours l’énergie pour comprendre les nouvelles règles fiscales. C’est injuste.
Et ce n’est pas un hasard si la mesure vise aussi ceux déjà à la retraite. En étalant la suppression de l’abattement sur plusieurs générations, on dilue l’effort fiscal… y compris pour ceux qui rédigent les lois.
Car s’ils avaient réservé cette mesure uniquement aux futurs retraités — ce qu’ils sont eux-mêmes — ils auraient été en première ligne, seuls à payer.
Là, on répartit la charge, on noie le poisson, et surtout, on évite d’assumer. Résultat : ce sont les plus anciens, les plus fatigués, qui écopent encore.
Mais revenons à nos anciens. Ils ont tout donné. Ils ont cotisé, plus que les générations actuelles. Et au moment où ils devraient profiter d’un minimum de répit fiscal, on leur dit : « C’est fini le cadeau, papi. » C’est une façon de réécrire l’histoire du travail. Comme si les 45 ans de labeur d’un ouvrier né en 1940 valaient autant que les 43 années d’un cadre né en 1985 qui a télétravaillé pendant la moitié de sa carrière.
Ce n’est pas ça, la justice. C’est un mépris tranquille, embourgeoisé, calculé. Et comme toujours, ce sont les plus silencieux, les plus fatigués, qui vont payer.
Nota Bene
Un retraité né en 1935 a cumulé jusqu’à 100 000 heures de travail effectif. Un actif qui partira bientôt à la dépassera rarement les 70 000 heures. Supprimer l’abattement fiscal à ceux qui ont tant donné, c’est non seulement injuste… c’est obscène.
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