Panne géante en Espagne : cyberattaque, soleil en grève ou disjoncteur mal réveillé ?
L’Espagne dans le noir, le Portugal aussi. Des millions de foyers privés d’électricité, des réseaux qui sautent, et un silence assourdissant côté gouvernement. Le scénario idéal pour dégainer l’arme favorite des temps modernes : la cyberattaque. Ou pas.
L’électricité a été coupée pendant des heures, l’origine reste inconnue, et immédiatement, comme un réflexe pavlovien, certains commentateurs ont soufflé le mot magique : « cyberattaque ». Parce que maintenant, dès qu’un serveur éternue ou qu’un onduleur vacille, on pointe du doigt un bunker numérique quelque part entre Moscou, Pyongyang et une salle obscure du darknet.
Sauf que cette fois, même les autorités espagnoles se sont abstenues de relayer la thèse commode. Pas d’accusation officielle, pas de piste précise, juste un gigantesque « on ne sait pas ». Le black-out total, au propre comme au figuré.
Il faut dire que reconnaître une défaillance technique — voire structurelle — serait bien moins vendeur. Peut-être un effondrement brutal de la production éolienne ? Un déséquilibre entre solaire, gaz, et nucléaire, comme le suggèrent quelques voix prudentes ? Ou simplement un bête défaut d’infrastructure, comme il en survient dans tous les réseaux, surtout quand ils sont poussés à la limite.
Mais non, dans l’imaginaire collectif, il faut un ennemi. Invisible de préférence. Et les cyberattaques sont parfaites pour ça : elles expliquent tout sans vraiment rien dire. Elles dispensent de chercher un coupable tangible. Elles évitent de remettre en cause un choix énergétique, une maintenance négligée ou une architecture vieillissante. Elles font même oublier qu’un bon vieux disjoncteur, ça peut sauter.
Et pendant que les citoyens espagnols allumaient des bougies et perdaient la connexion à leur frigo comme à leur feed TikTok, les extrêmes s’en sont donné à cœur joie : Vox y a vu la preuve que les énergies renouvelables sont une hérésie, un complot écolo-woke fomenté depuis Bruxelles. Tant qu’à faire.
Le vrai bug, dans cette affaire, ce n’est peut-être pas la panne elle-même. C’est la vitesse avec laquelle on saute à la conclusion la plus spectaculaire, la plus commode, et souvent la moins probable. Comme si chercher une vraie explication devenait secondaire.
À ce rythme-là, la prochaine fois que mon grille-pain clignote, j’accuse un hacker iranien. On ne sait jamais.
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