Le GPS a-t-il tué la magie des voyages en voiture ?
Il fut un temps où partir en voiture, c’était déjà un peu l’aventure. On s’asseyait, carte Michelin dépliée sur les genoux, les yeux pétillants de promesses et d’incertitudes. Se tromper de route ? Presque un passage obligé ! Les pauses au bord d’un champ pour relire la carte à l’envers, les disputes douces pour savoir si on tourne avant ou après le clocher… Voilà ce qui faisait tout le sel du voyage.
Aujourd’hui, un simple “OK Google, emmène-moi à Conques” et c’est parti pour un itinéraire optimisé, balisé, sans la moindre surprise. Le GPS a-t-il rendu les trajets trop efficaces, trop lisses ? N’a-t-on pas perdu, quelque part entre les satellites et les recalculs d’itinéraire, cette part de magie qui transformait chaque sortie en épopée familiale ?
Bien sûr, difficile de nier l’aspect pratique. Finies les galères dans les lotissements inconnus à 23h, les déviations incompréhensibles sous la pluie battante, les virées qui se transforment en rallye d’orientation improvisé. Avec le GPS, même les conducteurs les plus anxieux osent se lancer hors des sentiers battus, sans la peur de se perdre définitivement entre deux villages aux noms imprononçables.
Mais à force de tout vouloir contrôler, n’a-t-on pas aseptisé le plaisir du voyage ? L’aventure, c’est aussi prendre le mauvais embranchement, tomber sur un marché imprévu ou sur un panorama à couper le souffle parce qu’on s’est égaré. Les rencontres de hasard, les paysages inattendus, les anecdotes improbables… Aujourd’hui, c’est “Tournez à droite, destination atteinte” — aussi poétique qu’un ticket de péage.
Finalement, on gagne en sérénité ce qu’on perd en imprévu. Le GPS, c’est un peu le copilote parfait, mais il enlève aussi ce petit frisson d’inconnu qui rend chaque périple unique. Est-ce qu’il faudrait revenir à la bonne vieille carte papier pour retrouver le goût du hasard ? Ou inventer un GPS “mode surprise”, qui proposerait, de temps en temps, de s’égarer juste pour voir ?
Reste une certitude : ce n’est pas parce qu’on ne se perd plus qu’on ne peut plus voyager. L’essentiel, c’est peut-être de garder l’œil ouvert… même si le GPS dit de regarder tout droit.
Nota Bene
Le GPS simplifie la route, mais la magie du voyage réside souvent dans l’imprévu. Parfois, se perdre reste la plus belle façon d’arriver.
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