Anciennes vignettes automobiles françaises apposées sur le pare-brise d’une voiture.
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Fiscalité automobile : faut-il taxer la voiture simplement parce qu’elle existe ?

Pendant des années, la logique de la fiscalité automobile française était relativement facile à comprendre : plus une voiture roulait et consommait de carburant, plus son propriétaire payait de taxes. Mais à force d’encourager les automobilistes à consommer moins et à passer à l’électrique, cette mécanique fiscale commence forcément à produire un effet secondaire : les recettes liées aux carburants finiront par diminuer.

L’Institut Mobilités en Transition vient donc de mettre une idée sur la table. Dans son Baromètre de la fiscalité routière 2026, il propose notamment, à l’horizon 2030, une redevance annuelle sur la détention des véhicules, modulée selon différents critères comme leur impact environnemental, les revenus ou encore le lieu de résidence.
Précision indispensable : le gouvernement français n’a décidé ni le retour de la vignette ni la création de cette taxe. Il s’agit d’une proposition formulée par un institut dans une réflexion beaucoup plus large sur l’avenir de la fiscalité routière. Mais la question qu’elle soulève est passionnante.

Pendant des années, on a expliqué aux automobilistes qu’il fallait réduire leur consommation. Les moteurs sont devenus plus sobres. Les hybrides se sont multipliés. L’État a dépensé des milliards pour favoriser l’achat de voitures électriques qui, par définition, n’achètent plus une goutte d’essence ou de gazole. Et cela fonctionne suffisamment pour qu’apparaisse maintenant un nouveau problème : si les automobilistes ne paient plus assez de taxes sur les carburants, où récupérer l’argent ?

La réponse pourrait donc consister à déplacer progressivement la fiscalité de l’utilisation vers la possession. Autrement dit, hier : vous payiez parce que vous rouliez. Demain : vous pourriez payer parce que vous possédez une voiture.

Le changement n’est pas anodin. Une taxe sur le carburant possède au moins une forme de proportionnalité naturelle. Celui qui parcourt 30 000 kilomètres consomme généralement beaucoup plus que celui qui en parcourt 3 000. Une taxe annuelle sur la détention doit inventer d’autres critères pour retrouver cette équité. Et c’est précisément ce que propose l’Institut avec une modulation selon le véhicule, les revenus et le territoire. L’idée peut donc être beaucoup plus sophistiquée que notre ancienne vignette collée sur le pare-brise. Mais pour l’automobiliste, le principe risque malgré tout d’avoir un petit goût de déjà-vu.

La vignette automobile française a disparu pour les particuliers en 2001. Un quart de siècle plus tard, nous voilà donc en train de réfléchir à nouveau à une taxation annuelle liée au simple fait de posséder une voiture.

Et pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres de là, l’Italie fait presque exactement le chemin inverse. Le gouvernement de Giorgia Meloni vient d’approuver la suppression du bollo auto à partir de 2027 pour une grande partie des petites et moyennes voitures, jusqu’à 80 kW, à raison d’un véhicule par personne. Le bollo italien n’est pas juridiquement notre ancienne vignette française, mais son principe est très proche : une taxe annuelle due parce que l’on possède un véhicule.

Deux pays européens confrontés à la hausse du coût de la mobilité arrivent donc, presque au même moment, à deux raisonnements opposés. En France, un institut propose de créer une taxe annuelle notamment parce que les recettes liées aux carburants risquent de diminuer. En Italie, le gouvernement choisit au contraire de supprimer une taxe annuelle sur une grande partie du parc pour alléger les dépenses supportées par les automobilistes.

Qui a raison ? Peut-être les deux, selon le problème que l’on cherche à résoudre.

Car l’État français fait face à une véritable équation. Les taxes sur les carburants rapportent énormément d’argent. Si le parc devient majoritairement électrique, ces recettes ne pourront pas simplement disparaître sans poser la question de leur remplacement. Nous l’avons d’ailleurs déjà vu avec la taxe kilométrique britannique prévue pour les véhicules électriques : tous les pays qui électrifient leur parc finiront par devoir réfléchir à la manière de financer autrement ce que les carburants finançaient auparavant.

Mais du point de vue de l’automobiliste, l’enchaînement peut sembler assez savoureux. On lui demande de moins consommer. Il achète une voiture plus sobre. On lui demande de ne plus utiliser de carburant. Il achète une électrique. Les recettes diminuent. Et on commence alors à réfléchir à une taxe qui ne dépendrait même plus de ce qu’il consomme.

La transition écologique pourrait donc produire un étrange résultat : plus l’automobiliste réussira à éviter la fiscalité liée à sa consommation, plus la tentation sera grande de déplacer cette fiscalité vers quelque chose qu’il ne peut pas éviter sans renoncer complètement à sa voiture. Sa simple possession.

Nota Bene :

La vignette automobile française a disparu en 2001. Si une taxe annuelle sur la détention revenait un jour sous une autre forme, il resterait au moins une question essentielle : faudra-t-il vraiment inventer un nouveau nom pour quelque chose que les automobilistes reconnaîtront immédiatement ?

À lire aussi : Peut-on encore fabriquer une voiture européenne en Europe ?

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