Éric Woerth : Les prétoires, nouvelle école de l’exécutif
C’est un de ces petits plaisirs de l’été politique. Une nomination discrète, presque absurde, au cœur d’un mois d’août étouffant. Et là, sans prévenir, le gouvernement nous glisse un nom comme une relance de tiercé : Éric Woerth chargé de « préfigurer » l’avenir du PMU. Oui, vous avez bien lu : préfigurer. Le mot est élégant. Presque mystique. Il évoque un oracle dans une écurie, une silhouette en costard au bord d’un champ de courses.
On aurait pu espérer un expert du monde hippique, un stratège du numérique, voire même un amateur de turf. Mais non. Le choix se porte sur un habitué d’un tout autre circuit : les tribunaux. L’homme est effectivement rompu aux joutes judiciaires. Relaxé dans les affaires Bettencourt et de l’hippodrome de Compiègne – on sent comme une thématique équine – il attend désormais le verdict d’un procès autrement plus lourd : l’affaire Sarkozy/Kadhafi, où le parquet a requis de la prison ferme.
À ce niveau-là, ce n’est plus de l’audace. C’est de l’apnée institutionnelle.
On flirte avec un gouvernement qui ne gouverne plus qu’à coups de semaines gagnées. Une compromission permanente avance masquée derrière des mots ronflants, des missions floues, et des personnages de retour…
Et pourquoi pas après tout ? À force d’être au bord du précipice, on finit par s’y installer. Ce pouvoir joue la montre. Il nomme un homme peut-être condamné dans un mois, dans l’espoir qu’il ait « préfiguré » assez avant que la justice ne le rattrape. La course est lancée, l’échappée est fine, mais l’arrivée pourrait être embarrassante.
La logique de cette nomination ne peut être comprise que si l’on regarde les choses d’un autre œil : celui de la solidarité entre justiciables. Bayrou, relaxé en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem, est toujours sous le coup d’un appel. Et le voilà qui désigne Woerth, autre vétéran des bancs des accusés. On est entre camarades de couloir. Entre rescapés d’un monde où le passage au tribunal est presque un rite initiatique.
Alors bien sûr, le PMU survivra. Il a connu pire que cette tentative de relance. Mais dans un pays en mal de confiance, est-ce bien sérieux de confier le futur d’un emblème populaire à un homme à ce point lesté de casseroles judiciaires ?
Ou bien faut-il désormais passer par les prétoires pour entrer au Panthéon républicain ?
Nota Bene
Quand un ancien ministre mis en examen devient préfigurateur du PMU, ce n’est pas un hasard : c’est une signature. Une façon de dire que les chevaux ne sont pas les seuls à tourner en rond dans ce pays.
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