Maserati Ghibli roulante avant gauche
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Maserati Ghibli première génération : pourquoi reste-t-elle une GT mythique ?

La Maserati Ghibli première génération apparaît en 1966 avec une ambition simple : placer Maserati au sommet du grand tourisme italien. Soixante ans plus tard, son interminable capot, son profil tendu et son V8 suffisent encore à la distinguer. Elle vient même de refaire discrètement surface comme voiture de la pub Paco Rabanne actuellement diffusée à la télévision, où sa silhouette n’apparaît que quelques instants.
Cette présence furtive rappelle surtout à quel point le dessin de Giorgetto Giugiaro a peu vieilli. Face aux Ferrari et Lamborghini de son époque, la Ghibli choisissait une autre voie : celle d’une automobile extrêmement rapide, mais pensée pour traverser l’Europe plutôt que pour ressembler à une voiture de course homologuée pour la route.

Crédit photo: Illustration Maserati Ghibli

Maserati Ghibli première génération : une GT née pour défier Ferrari

Lorsque la Ghibli est dévoilée sur le stand Ghia au Salon de Turin à la fin de 1966, Maserati possède déjà une solide expérience des grandes routières rapides. Mais la nouvelle venue change immédiatement de registre. Plus basse, plus agressive et beaucoup plus spectaculaire, elle vise directement les GT les plus prestigieuses de son époque.

Le projet est supervisé notamment par l’ingénieur Giulio Alfieri. Les premières livraisons commencent en mars 1967 et la voiture reçoit le code interne AM115. Elle mesure environ 4,69 mètres mais ne cherche pas à maximiser l’espace intérieur : conçue initialement comme une stricte deux places, elle devient finalement une 2+2 de série.

C’est précisément cette première Ghibli que l’on aperçoit aujourd’hui dans la campagne Paco Rabanne. Quelle voiture apparaît dans la pub Paco Rabanne 1 Million Black ? Il s’agit d’une Maserati Ghibli de première génération, la grande GT italienne dessinée par Giorgetto Giugiaro.

Crédit photo: Illustration du profil dessiné par Giugiaro

Giugiaro dessine l’une des Maserati les plus spectaculaires

Giorgetto Giugiaro travaille alors chez Ghia lorsqu’il dessine la Ghibli. Le résultat tranche avec les courbes généreuses de nombreuses sportives des années 1960 : lignes tendues, pavillon fastback, phares escamotables, avant extrêmement bas et immense capot donnent à la voiture une allure presque irréelle.
Maserati décrit elle-même son profil comme un « nez de requin ». Le dessin devient rapidement l’une des signatures de Giugiaro et l’un des éléments essentiels du succès de la voiture.

Mais cette silhouette n’est pas uniquement le travail du styliste. Elle doit aussi beaucoup à la mécanique. Pour installer un gros V8 sous un capot aussi bas, Maserati adopte notamment une lubrification par carter sec, qui permet de réduire la hauteur d’installation du moteur. La technique participe donc directement aux proportions exceptionnelles de la carrosserie.
C’est probablement ce qui explique que la Ghibli reste immédiatement reconnaissable aujourd’hui : elle n’a pas simplement été dessinée basse, elle a été techniquement construite pour pouvoir l’être.

Maserati Ghibli première génération de profil dessinée par Giorgetto Giugiaro

Crédit photo: illustration moteur V8 de la Ghibli

V8 de la Maserati Ghibli première génération sous son long capot

Un V8 sous un capot presque impossible

Sous ce capot prend place un V8 à 90° de 4 719 cm³, doté de deux arbres à cames en tête par rangée de cylindres. Maserati annonce 330 ch à 6 000 tr/min et une vitesse maximale de 265 km/h, des valeurs considérables pour une voiture de route apparue au milieu des années 1960.

La Ghibli n’est pourtant pas une sportive dépouillée. Avec environ 1 550 kg et son architecture de grande GT, elle privilégie également les longs trajets à haute vitesse. C’est là toute sa personnalité : associer les performances d’une automobile exotique à une utilisation beaucoup plus civilisée.

Cette philosophie la distingue notamment d’une Lamborghini Miura contemporaine à moteur central. La Maserati conserve une architecture classique avec son V8 à l’avant. Son spectaculaire dessin dissimule donc une automobile finalement assez traditionnelle dans ses principes, mais poussée à un niveau de performances exceptionnel.

La Ghibli SS pousse le grand tourisme italien encore plus loin

En 1969 arrive la Maserati Ghibli SS. La cylindrée passe de 4,7 à 4,9 litres, la puissance atteint 335 ch et Maserati annonce désormais 285 km/h. Sur le papier, le gain de cinq chevaux paraît presque anecdotique ; l’augmentation de cylindrée et les performances renforcent pourtant encore le statut de la Ghibli parmi les GT les plus rapides de son temps.
La même année apparaît également le très élégant Spyder. Il restera beaucoup plus rare : Maserati indique seulement 125 exemplaires produits, toutes versions confondues.

La production totale demeure de toute façon limitée. Maserati indique 1 170 coupés et 125 Spyders pour l’ensemble de la famille, avec une production poursuivie jusqu’au début des années 1970.
Cette rareté contribue aujourd’hui à son statut, mais elle ne suffit pas à expliquer pourquoi la Ghibli est devenue une icône. Une rencontre avec le cinéma français va considérablement renforcer son image.

Crédit photo:Capture d’écran du film « La Piscine » (1969), réalisé par Jacques Deray – Droits réservés

Maserati Ghibli rouge marron  du film La Piscine avec Alain Delon

La Maserati Ghibli, indissociable d’Alain Delon

Pour beaucoup de Français, la première Ghibli reste associée à Alain Delon et au film La Piscine. Pourtant, l’histoire aurait pu être différente : une Lamborghini Espada était initialement envisagée. L’importateur français de Maserati, Jean Thépenier, convainc la production d’utiliser à sa place une Ghibli rouge métallisé, châssis AM115.554. Des documents d’époque précisent même que Delon et Maurice Ronet étaient autorisés à prendre son volant pour certaines scènes.

La voiture devient presque un personnage du film. Maurice Ronet l’utilise, Alain Delon la conduit, et sa présence au milieu de Saint-Tropez, de Romy Schneider et de Jane Birkin fixe définitivement l’image de la Ghibli dans l’imaginaire des années 1960. Artcurial souligne encore aujourd’hui cette association lorsqu’une Ghibli de la même époque passe aux enchères.
Cette relation explique aussi pourquoi la Ghibli occupe une place particulière parmi les voitures d’Alain Delon. Peu de modèles réunissent aussi naturellement son univers cinématographique et celui des grandes GT italiennes.

Crédit photo: Illustration de l’intérieur de la Maserati Ghibli première génération

Pourquoi la première Ghibli est-elle devenue une voiture de collection ?

La Ghibli réunit aujourd’hui plusieurs qualités rarement présentes dans une même automobile : un grand nom italien, un dessin majeur de Giugiaro, un V8 atmosphérique, une production limitée et une histoire culturelle qui dépasse largement l’automobile.

Maserati réutilisera le nom Ghibli en 1992 pour un coupé dérivé de la famille Biturbo, puis en 2013 pour une berline sportive. Mais aucune de ces descendantes ne reprend réellement la formule de l’AM115. La première génération appartient à une époque où Maserati pouvait encore construire une grande GT presque sans compromis économique, destinée à une clientèle extrêmement restreinte.
Sa valeur de collection tient donc autant à ce qu’elle est qu’à ce qu’elle représente. Aujourd’hui, une Maserati Ghibli première génération se négocie généralement autour de 100 000 à 180 000 €, selon sa version, son état, son historique et la qualité d’une éventuelle restauration. Les meilleurs exemplaires peuvent dépasser 200 000 €. Elle reste ainsi l’une des grandes GT italiennes les plus recherchées de sa génération.

Habitacle en cuir clair de la Maserati Ghibli première génération

Conclusion

La Maserati Ghibli première génération n’a finalement besoin que de quelques secondes pour attirer le regard. La nouvelle publicité Paco Rabanne en apporte involontairement la démonstration : presque soixante ans après sa présentation, une simple apparition de son profil suffit encore à susciter la curiosité.
Giugiaro lui a donné une silhouette exceptionnelle, Maserati un V8 capable de l’emmener jusqu’à 285 km/h dans sa version SS, et La Piscine une place dans la culture populaire. Trois héritages qui expliquent pourquoi la Ghibli originelle reste bien davantage qu’une ancienne Maserati.

Nota Bene :

Le nom Ghibli vient d’un vent chaud du désert nord-africain. Maserati a souvent puisé dans les vents pour baptiser ses modèles, avec notamment Mistral, Bora ou Khamsin. La Ghibli de 1966 est celle qui donnera à ce nom une place particulière dans l’histoire de la marque.

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