Ford GT40 aux trois premières places des 24 Heures du Mans 1966
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Comment Carroll Shelby a-t-il réussi à battre Ferrari au Mans ?

Au début des années 1960, Ferrari règne sur les 24 Heures du Mans. La marque italienne enchaîne les victoires et possède une expérience de la compétition que Ford ne peut pas simplement acheter avec quelques millions de dollars. Pourtant, après l’échec spectaculaire d’un projet de rachat de Ferrari, Henry Ford II décide de s’attaquer directement au terrain de prédilection d’Enzo Ferrari.

Carroll Shelby va devenir l’un des personnages essentiels de cette offensive. Ancien vainqueur du Mans devenu constructeur, il ne crée pourtant pas la Ford GT40 et ne gagne évidemment pas cette guerre seul. Son rôle sera différent, mais déterminant : reprendre une voiture prometteuse qui ne parvient pas à terminer les grandes courses et contribuer à en faire une machine capable de dominer Le Mans.

Crédit photo: Ferrari 1963 Ferrari 250P

Ferrari 250 P aux 24 Heures du Mans 1963, pendant la domination de Ferrari

Pourquoi Ford voulait-il absolument battre Ferrari ?

Ford décide de battre Ferrari au Mans après l’échec des négociations de rachat de la marque italienne en 1963, transformant un projet industriel en véritable affrontement sportif. À cette époque, Ford cherche notamment à rajeunir son image et voit dans la compétition un formidable outil de communication.
Les discussions avec Ferrari vont très loin. Ford envisage de reprendre l’activité automobile du constructeur italien, tandis qu’Enzo Ferrari conserverait un rôle important autour de la compétition. Mais la question du contrôle et des décisions concernant la Scuderia devient un point de rupture. Ferrari se retire finalement des négociations.

Henry Ford II vit très mal cet échec. Puisqu’il ne peut pas acheter Ferrari, Ford va tenter de la battre.
Le choix du Mans n’a rien d’anodin. Ferrari vient de remporter les éditions 1960, 1961, 1962 et 1963, après avoir déjà gagné en 1958. La marque italienne connaît parfaitement l’endurance et va encore s’imposer en 1964 et 1965. Pour Ford, gagner au Mans signifie donc aller chercher Ferrari là où elle paraît presque invincible.

Crédit photo: Shelbyamericancollection Ford GT40 24H du Mans 1964

La Ford GT40 existe avant l’arrivée de Carroll Shelby

Carroll Shelby n’a pas créé la Ford GT40 : son développement avait déjà commencé en 1963 autour de Ford Advanced Vehicles, avec notamment Eric Broadley, Roy Lunn et John Wyer. Ford s’appuie notamment sur l’expérience britannique de Lola et de son fondateur Eric Broadley pour accélérer son programme. La nouvelle voiture est extrêmement basse, environ 40 pouces de hauteur, ce qui contribuera à son nom de GT40. Elle reçoit un V8 Ford en position centrale arrière et possède sur le papier les qualités nécessaires pour affronter Ferrari.
Mais concevoir une voiture rapide et gagner une course de 24 heures sont deux choses très différentes.

En 1964, trois GT40 prennent le départ du Mans. Elles montrent leur potentiel mais aucune ne termine. Problèmes de transmission, de boîte de vitesses ou autres défaillances révèlent une voiture encore trop fragile pour supporter les contraintes de l’endurance.
Ford dispose pourtant de moyens considérables et refuse d’abandonner. Il lui faut désormais transformer une prometteuse voiture de course en machine capable de tenir 24 heures à un rythme suffisamment élevé pour battre Ferrari.

Ford GT40 numéro 72 aux 24 Heures du Mans 1964

Pourquoi Ford confie-t-il finalement la GT40 à Carroll Shelby ?

Carroll Shelby possède alors un profil presque idéal. Avant de devenir constructeur, l’Américain a été pilote et a remporté les 24 Heures du Mans 1959 avec Roy Salvadori au volant d’une Aston Martin DBR1. Des problèmes de santé l’obligent ensuite à abandonner la compétition comme pilote, mais pas le sport automobile.
Avec les Cobra, Shelby démontre sa capacité à associer châssis léger et puissants moteurs Ford. Sa Cobra Daytona Coupé devient surtout une arme redoutable face à Ferrari en catégorie GT. Shelby American remportera le championnat du monde des constructeurs GT en 1965, mettant fin à la domination de Ferrari dans cette catégorie.

À la fin de 1964, Ford confie donc une partie essentielle du développement de la GT40 à Shelby American.
Shelby peut également compter sur Ken Miles, pilote mais surtout formidable metteur au point. Miles sait analyser le comportement d’une voiture et communiquer avec les mécaniciens et ingénieurs. Son travail va devenir essentiel dans le développement des Ford d’endurance. L’objectif n’est plus simplement de rendre la GT40 rapide. Il faut la rendre gagnante.

Crédit photo: 24h-lemans Ferrari 250LM 1965

Ferrari 250 LM aux 24 Heures du Mans 1965

Shelby vs Ferrari : transformer la GT40 en voiture capable de tenir 24 heures

Le duel Shelby vs Ferrari ne se résume pas à installer davantage de puissance dans une GT40. Shelby American travaille sur la fiabilité, le refroidissement, les freins, la transmission et le comportement général de la voiture. Chaque faiblesse devient critique lorsqu’elle doit résister pendant une journée et une nuit entières.
Ford adopte progressivement une solution typiquement américaine : augmenter considérablement la cylindrée. Le V8 7 litres issu de la famille des moteurs Ford FE devient l’une des armes de la future GT40 Mk II.
Mais l’échec n’est pas encore terminé.
En 1965, Ford revient au Mans avec des moyens énormes et plusieurs voitures. Les performances sont là, mais aucune Ford ne voit l’arrivée. Ferrari remporte encore l’épreuve, cette fois avec la 250 LM du North American Racing Team.
Ce nouvel échec est essentiel pour comprendre la victoire future. Shelby n’a pas transformé instantanément la GT40 en voiture invincible. Ford et ses partenaires continuent à tester, casser, modifier et fiabiliser leurs machines. Le programme devient une véritable mobilisation industrielle.

Crédit photo: api.lemans 1966 Ford GT40 aux trois premières places

Ford GT40 aux trois premières places des 24 Heures du Mans 1966

Le Mans 1966 : Shelby et Ford font enfin tomber Ferrari

En juin 1966, Ford revient au Mans avec une puissance de feu impressionnante. Shelby American engage des GT40 Mk II, tout comme Holman-Moody. Les voitures disposent du gros V8 7 litres et Ford ne cache plus son objectif : cette fois, il faut gagner. La course élimine progressivement les Ferrari susceptibles de contester la victoire. Les Ford rencontrent elles aussi des problèmes, mais plusieurs GT40 restent en tête lorsque l’arrivée approche.

Ford souhaite alors réaliser une image historique avec ses voitures franchissant ensemble la ligne. Ken Miles, associé à Denny Hulme, ralentit. Mais cette arrivée organisée produit une conséquence inattendue : la victoire est attribuée à Bruce McLaren et Chris Amon, leur voiture ayant pris le départ plus loin sur la grille et donc parcouru une distance légèrement supérieure. Miles perd ainsi la possibilité de remporter la même année Daytona, Sebring et Le Mans.
Pour Ford, le résultat reste extraordinaire. Les GT40 Mk II terminent première, deuxième et troisième. Après des années d’échecs et des investissements gigantesques, Ferrari est enfin battue au Mans.

Crédit photo: Texas state Historical Association Carroll Shelby

Shelby a-t-il vraiment été l’homme qui a battu Ferrari ?

Dire que Carroll Shelby a battu Ferrari constitue un excellent résumé, mais une histoire incomplète. Son rôle a été déterminant : son expérience de pilote, l’organisation de Shelby American et le travail de Ken Miles ont largement contribué à transformer le potentiel de Ford en victoires.
Mais la GT40 est le résultat d’un immense effort collectif. Des ingénieurs britanniques et américains participent à sa conception et à son développement, Ford apporte des ressources industrielles considérables et plusieurs équipes prennent part à l’offensive.

La victoire de 1966 n’est d’ailleurs pas un succès isolé. Ford remporte encore les 24 Heures du Mans en 1967, 1968 et 1969, même si les voitures et les équipes évoluent au fil de ces quatre victoires consécutives.
La portée historique est immense. Après 1965, Ferrari ne remportera plus le classement général du Mans pendant près de six décennies. Il faudra attendre 2023 et la Ferrari 499P pour voir la marque italienne retrouver la première marche du podium.

Carroll Shelby au volant d’une Shelby Cobra dans les années 1960

Conclusion

Carroll Shelby n’a ni inventé seul la Ford GT40 ni remporté à lui seul la guerre engagée par Henry Ford II contre Ferrari. Mais Ford possédait déjà une voiture rapide et des moyens considérables sans parvenir à transformer ces atouts en victoire au Mans.
Shelby apporte son expérience de la course, une équipe remarquable et une culture du développement où la performance ne vaut rien sans la fiabilité. Avec Ken Miles et tous ceux qui travaillent sur le programme, il contribue à transformer la GT40 en véritable machine d’endurance.
C’est pourquoi raconter Shelby vs Ferrari reste historiquement légitime, à condition de ne pas oublier l’armée d’ingénieurs, de mécaniciens, de dirigeants et de pilotes derrière cette victoire. La réalité est moins simple que la légende, mais elle est probablement encore plus impressionnante.

Nota Bene :

Carroll Shelby, Ford GT40, Ferrari, Ken Miles et les 24 Heures du Mans sont revenus au premier plan avec Le Mans 66. Le cinéma a popularisé cette rivalité auprès d’une nouvelle génération, tout en simplifiant nécessairement certains épisodes d’une histoire industrielle et sportive beaucoup plus vaste.

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