La taxe sur les yachts rapporte si peu qu’elle en devient presque comique
La taxe sur les yachts devait être un symbole de justice fiscale. Lors de sa création en 2018, l’État espérait récupérer entre 5 et 10 millions d’euros par an grâce à cette contribution visant les grands yachts de plus de 30 mètres immatriculés en France.
Le résultat 2024 est le suivant : 60 000 euros. Oui, 60 000 euros. À ce niveau-là, une question finit forcément par se poser : la mise en œuvre de la taxe ne coûte-t-elle pas plus cher que ce qu’elle rapporte ? Et surtout, ce fiasco révèle quelque chose de beaucoup plus inquiétant sur notre manière de gouverner.
Car deux possibilités existent. Soit les propriétaires ne paient pas cette taxe, auquel cas cela signifie que l’État n’est même pas capable de faire appliquer correctement les lois qu’il vote lui-même. Ce qui serait déjà assez spectaculaire, surtout quand on voit l’efficacité administrative déployée lorsqu’il s’agit de contrôler les petites entreprises ou les contribuables ordinaires. Soit, et cela semble être la réalité du terrain selon les professionnels du nautisme, les grands yachts ont simplement changé de pavillon.
Et là, le résultat devient encore plus absurde.
Car dans ce cas, non seulement la taxe ne rapporte quasiment rien, mais la France perd également :
- les immatriculations,
- l’activité économique liée à ces navires,
- les services portuaires,
- la maintenance,
- le gardiennage,
- et parfois même les emplois de marins soumis au droit français.
Autrement dit, on réussit l’exploit de fragiliser une activité économique entière… pour récupérer au final l’équivalent de quelques appartements parisiens en taxe foncière. Le plus fascinant, c’est peut-être le caractère profondément symbolique de cette mesure. Dès le départ, beaucoup de professionnels expliquaient que les grandes unités quitteraient simplement le pavillon français.
Et c’est exactement ce qui semble s’être produit. Aujourd’hui, seuls cinq grands yachts resteraient immatriculés en France. Mais malgré cet échec spectaculaire, qu’ont décidé nos génies administratifs en 2025 ? De reconduire la taxe, bien sûr.
Et c’est probablement cela le plus inquiétant dans cette histoire. L’incapacité totale à reconnaître qu’une mesure ne fonctionne pas. Lorsqu’une politique produit exactement l’inverse du résultat attendu, la logique voudrait qu’on la corrige ou qu’on l’abandonne. En France, on semble parfois préférer maintenir le dispositif coûte que coûte, même lorsqu’il devient presque caricatural. Car au fond, cette taxe ressemble surtout à une mesure pensée pour envoyer un message politique plutôt que pour produire un résultat économique réel.
Et pendant ce temps, le réel, lui, continue tranquillement de contourner les décisions administratives.
Nota Bene :
Les taxes très symboliques produisent parfois un rendement fiscal dérisoire tout en provoquant des conséquences économiques bien réelles sur les activités concernées.
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