Traction avant Citroën 7A

La révolution de la traction avant Citroën : l’audace de 1934

En 1934, Citroën bouscule l’ordre établi. Avec sa nouvelle traction avant, la marque aux chevrons ne se contente pas d’innover : elle redéfinit ce qu’est une voiture moderne. Monocoque, roues avant motrices, suspension indépendante, ligne basse… La traction avant Citroën est un coup de tonnerre dans un ciel trop calme. Dans un monde où l’on roule encore en voitures hautes, sur châssis rigide, avec propulsion et freins à câble, Citroën débarque avec une fusée déguisée en berline. Une fusée française, bien sûr.

Crédit photo: wikipedia André et Georgina Citroën

André et Georgina Citroën

Le contexte : Citroën en crise, mais pas sans ambition

En ce début des années 30, André Citroën est dans une impasse. Sa marque, pionnière du tout-acier en Europe, s’est imposée avec audace et créativité… mais les chiffres sont dans le rouge. Les ventes stagnent, les modèles vieillissent, la concurrence s’organise. Citroën sait qu’il lui faut une rupture, pas une évolution. Pas un lifting. Une révolution.

Dans sa tête, l’idée est simple : créer une voiture à la fois plus sûre, plus moderne, plus confortable… et moins chère à produire à long terme. Ce projet fou prendra le nom de code « 7 », car il est destiné à remplacer la C4 par une voiture de 7 chevaux fiscaux.

Crédit photo: citroenet monocoque Traction avant Citroën

Une architecture révolutionnaire : monocoque et roues motrices avant

La première grande rupture, c’est le châssis monocoque. Fini le cadre en échelle sur lequel on pose la carrosserie comme une boîte. La traction avant Citroën sera une structure soudée, rigide, intégrant à la fois le plancher, les parois, le toit. Résultat : un centre de gravité abaissé, un gain de poids, une meilleure sécurité passive. Un pari technique audacieux à une époque où la plupart des constructeurs sont frileux.

Deuxième choc : la motricité passe aux roues avant. Fini la propulsion. Citroën inverse les rôles. Le moteur est positionné transversalement, entraînant directement les roues directrices. Cela permet de supprimer l’arbre de transmission arrière, d’optimiser l’espace, de stabiliser le comportement sur route humide ou glissante. Une idée géniale qui deviendra la norme mondiale… 50 ans plus tard.

Et comme si cela ne suffisait pas, Citroën y ajoute des freins hydrauliques, une suspension indépendante à l’avant, et une aérodynamique fluide, sans marchepied.

Traction avant Citroën monocoque

La mise au point de la traction avant Citroën : génie sous pression

Mais cette innovation a un prix. Le calendrier est infernal. André Citroën impose un rythme fou à ses équipes. Le bureau d’études travaille jour et nuit. Les prototypes s’enchaînent. Le premier modèle est présenté officiellement en avril 1934, soit à peine 18 mois après le début du projet. Un record, même pour aujourd’hui.
Les premiers exemplaires sont impressionnants… mais fragiles. Des casses de boîtes de vitesses, des défauts d’usinage, des soudures imparfaites. André Citroën, fidèle à sa vision, refuse de temporiser. Il mise tout sur cette voiture. Tout, y compris sa fortune.
C’est un peu comme lancer un avion en papier dans une tempête… en espérant qu’il devienne un Concorde.

Crédit photo: club-citroen-france Citroën Traction 7A

Traction avant Citroën 7A

Une voiture en avance sur tout son temps

À sa sortie, la traction avant Citroën surprend autant qu’elle fascine. Sa ligne est basse, élancée, sans marchepieds, avec des ailes profilées, une calandre intégrée. Elle paraît rapide même à l’arrêt. L’habitacle est spacieux malgré une longueur contenue. La tenue de route impressionne. La voiture colle à la route, vire à plat, freine droit. Un exploit pour l’époque.

La version 7CV est rejointe par une 11CV, plus puissante, puis par la mythique 15 Six, surnommée « la reine de la route ». Cette dernière, avec son six-cylindres souple, ses relances musclées, et sa stabilité en courbe, devient une référence absolue. Même les policiers et les gangsters la réclament.

Crédit photo:ivoire-france Citroën Traction 11BL 1938

Traction avant Citroën 11B

Accueil du public et difficultés industrielles

Le public est intrigué, séduit, parfois méfiant. Les débuts sont poussifs, en partie à cause des défauts de jeunesse. Mais la voiture impressionne dès qu’on la conduit. Elle devient rapidement le modèle des ingénieurs, des connaisseurs, des routiers exigeants. Elle plaît aux agents secrets, aux grands voyageurs, aux hommes d’affaires pressés.

Mais l’aventure industrielle est un gouffre. Les machines-outils doivent être repensées. Les chaînes de montage sont inadaptées à la monocoque. Les retards s’accumulent. La trésorerie s’effondre. En décembre 1934, André Citroën perd le contrôle de son entreprise. La marque est reprise par Michelin. Et Citroën meurt quelques mois plus tard, ruiné, mais pas brisé.

Crédit photo: wikipedia Citroën Traction 15-6

Une icône durable, des 7CV aux 15 Six

Sous la houlette de Michelin, la production est stabilisée. Les défauts sont corrigés, les modèles améliorés. La gamme s’élargit. La voiture devient un best-seller. Elle traverse les années 30 et 40 sans jamais être dépassée. On la voit partout : dans les rues, au cinéma, chez les notables, dans la Résistance. Elle devient une figure française autant qu’une automobile.

Produite jusqu’en 1957, la Traction Avant aura marqué trois décennies. Plus de 750 000 exemplaires sortiront des chaînes. Un chiffre impressionnant pour l’époque. Et un exploit quand on se souvient qu’elle a failli ne jamais passer le cap de ses deux premières années.

Aujourd’hui, elle est une pièce de collection, une légende roulante. Sa silhouette reste identifiable entre mille. Et son héritage est encore vivant dans chaque voiture à traction que nous conduisons.

Traction avant Citroën 15-6

Conclusion

La traction avant Citroën, c’est l’histoire d’un saut dans le vide devenu un envol. Une voiture qui n’a pas suivi son temps, mais qui l’a devancé de plusieurs générations. Une machine révolutionnaire, née d’un esprit visionnaire et portée par une équipe qui n’avait pas peur de tout remettre à plat. Elle a coûté cher à son créateur. Mais elle a offert à l’automobile une direction nouvelle. Littéralement.

Nota Bene

On dit souvent que la Citroën Traction était en avance sur son temps. En réalité, elle était dans un autre temps. Celui où l’on préférait risquer la faillite plutôt que de sortir une voiture banale.

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