Histoire de Saab : l’aviation au service de l’automobile
Que devient une marque quand elle refuse de faire comme tout le monde ? Quand elle place la logique au-dessus du style, la sécurité au-dessus du superflu, et l’ingéniosité discrète au cœur de chaque détail ? L’histoire de Saab, c’est celle d’un constructeur à part, né de l’aviation et resté fidèle à ses racines jusque dans ses voitures anciennes les plus iconiques. Saab n’a jamais été un géant du volume, mais souvent une pionnière, une rebelle silencieuse, préférée des connaisseurs et collectionneurs de voitures de collection, adeptes de technologies atypiques et d’un design “hors norme”.
En 2024, la cote des Saab youngtimers ne cesse de grimper. On croise désormais des 900 Turbo, 99 EMS ou 9000 Aero dans les rassemblements de voitures vintage, convoitées autant pour leur singularité que pour leur histoire. Posséder une Saab, c’est un peu comme voler à contre-courant, on ne choisit pas la facilité, on choisit l’originalité.
Crédit photo:lautomobileancienne Saab 92.001
De l’aviation à l’automobile : les débuts inattendus de Saab
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise Svenska Aeroplan AB, spécialisée dans l’aéronautique militaire, cherche à diversifier ses activités. L’aviation de guerre ralentit, la Suède n’a pas d’industrie automobile nationale, et les ingénieurs de Saab ont du temps… et des idées.
En 1945, le projet d’une voiture compacte, aérodynamique et accessible est lancé. Le prototype Saab 92001, surnommé “Ursaab”, voit le jour en 1947. Construit comme un avion sans ailes, il adopte une silhouette fuselée, une traction avant, et une légèreté remarquable. Dès ses débuts, Saab donne le ton : ce sera différent.
Crédit photo:xezii Saab 95
Les premières Saab : aérodynamisme et rigueur scandinave
En 1949, la Saab 92 entre en production. Elle conserve l’ADN du prototype : carrosserie en une seule pièce, Cx très faible (0,30), deux cylindres en ligne, traction avant. Elle est pensée pour la neige, les routes glacées, la simplicité d’entretien. Le pare-brise est bombé, les phares intégrés, la carrosserie soudée à la coque pour une rigidité optimale.
Puis viennent la Saab 93, la 96, et surtout la fameuse Saab 95 break. Des voitures compactes, sobres, robustes. Pas de fioriture, mais un soin du détail quasi militaire.
Le slogan aurait pu être : “La forme suit la fonction.” Et c’est exactement ce que recherchent certains conducteurs : ceux qui préfèrent la logique à l’apparat.
Culmination technique : l’histoire de Saab passe par le turbo
Dans les années 70, Saab cherche à allier compacité, performance et sobriété. L’idée du turbo s’impose. En 1978, la Saab 99 Turbo débarque sur les routes. C’est l’un des tout premiers modèles à turbocompresseur réellement utilisable au quotidien.
La marque ne se contente pas d’ajouter un turbo, elle le rend civilisé. Gestion électronique, progressivité, durabilité… Saab transforme une technologie pointue en atout de tous les jours.
Ce sera le début d’une longue histoire entre la marque et la suralimentation, avec des modèles cultes comme la 900 Turbo, souvent considérée comme une des meilleures voitures de son temps. À la clé : des performances étonnantes, une tenue de route sûre, et un style unique, reconnaissable entre mille.
Crédit photo:rbmperformance Intérieur Saab 900
Une marque de caractère : sécurité, ergonomie, traction avant
Ce qui frappe chez Saab, c’est le caractère unique de ses choix techniques :
- Traction avant généralisée, même sur des modèles puissants, pour maximiser la motricité.
- Clé de contact entre les sièges, pour éviter qu’elle ne blesse le genou en cas d’accident.
- Cockpit orienté vers le conducteur, inspiré des tableaux de bord d’avions.
- Systèmes de désembuage optimisés, commandes anti-reflet, éclairage d’ambiance réduit pour ne pas fatiguer la vision nocturne.
Saab est aussi pionnière en matière de sécurité passive, bien avant que ce soit un argument commercial. Arceaux de toit renforcés, cellules déformables, ceintures précontraintes… Tout est pensé pour protéger les occupants, pas pour impressionner.
C’est une voiture d’ingénieur, et ça se sent. Chaque bouton a une raison d’être. Chaque décision technique découle d’un raisonnement précis. Pas de chrome gratuit, pas d’écrans inutiles. Juste de la cohérence.
Crédit photo: caradisiac Saab 900 Cabriolet
Saab dans les années 90–2000 : l’ère GM, dilution et déclin
En 1990, General Motors prend progressivement le contrôle de Saab. L’objectif est simple : profiter du savoir-faire de la marque pour les petites plateformes européennes… tout en rationalisant les coûts.
Mais cette rationalisation va trop loin. Les modèles 900, puis 9-3, puis 9-5 adoptent des plateformes partagées avec Opel. L’identité Saab s’effrite. L’ergonomie reste là, mais les moteurs sont moins distinctifs, les choix techniques plus banals. La magie s’estompe, même si les modèles restent techniquement solides.
Le public fidèle ne suit pas totalement. Le grand public, lui, ne comprend pas la différence de prix avec une Opel ou une Audi. Et Saab se retrouve coincée entre haut de gamme inaccessible et généraliste mal compris.
Crédit photo: argus Saab 9-3 NEVS
La fin d’une aventure : un dernier souffle… puis plus rien
En 2010, Saab est officiellement cédée par GM à la société néerlandaise Spyker. L’espoir renaît… brièvement. Mais les problèmes financiers, les dettes fournisseurs et le contexte post-crise de 2008 ont eu raison du constructeur. La production cesse en 2011.
Une dernière tentative de renaissance a lieu sous le nom NEVS, avec des projets de voitures électriques reprenant la 9-3. Mais sans succès commercial ni soutien politique.
Saab Automobile disparaît, officiellement et silencieusement, alors même que ses voitures suscitent encore l’admiration. Le logo n’est plus utilisé. Mais la légende, elle, continue.
Conclusion
L’histoire de Saab, c’est celle d’un constructeur né d’un autre monde, resté fidèle à ses racines aéronautiques dans ses moindres détails. Une marque qui a préféré perdre du terrain plutôt que de trahir son ADN.
Aujourd’hui, les Saab roulent encore. Et ceux qui les possèdent ne les vendent pas. Parce qu’elles sont attachantes, logiques, rassurantes. Et surtout, parce qu’elles ne ressemblent à aucune autre voiture.
Nota Bene
L’histoire de Saab prouve qu’il existe encore des marques capables de créer une véritable communauté autour de la différence. Entre héritage aviation et voitures de collection, Saab reste un symbole d’originalité sur la route comme dans les mémoires.
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