Figoni et Falaschi : les carrossiers français qui ont sublimé l’automobile
Avant la guerre, quand l’automobile n’était pas encore une industrie de masse mais une affaire d’artisans et de visionnaires, deux noms régnaient sur la carrosserie française, Figoni et Falaschi.
Le premier, Giuseppe Figoni, italien d’origine, possédait un œil infaillible pour les lignes et les proportions. Le second, Ovidio Falaschi, apportait le sens du raffinement et de la clientèle.
Ensemble, ils ont créé des voitures si élégantes qu’elles semblent flotter plus qu’elles ne roulent. Leurs créations pour Delahaye, Talbot-Lago ou Bugatti restent parmi les plus belles voitures de collection jamais dessinées.
Crédit photo:© CM-Arte.com Figoni et Filaschi Delahaye 135M 1937
Les débuts de Figoni et Falaschi : un duo visionnaire
Tout commence à Paris, dans les années 1920. Giuseppe Figoni, installé à Boulogne-sur-Seine, se fait remarquer par son travail sur des châssis Alfa Romeo et Delage.
Son talent attire une clientèle huppée, avide de modèles uniques. En 1935, il s’associe avec Ovidio Falaschi, un entrepreneur italien passionné d’automobiles, pour fonder la société Figoni et Falaschi.
Leur ambition est claire, transformer la voiture en œuvre d’art roulante. Et dans un monde où la vitesse devient synonyme de modernité, ils décident de donner aux carrosseries les lignes fluides des avions.
Crédit photo: wikipedia Talbot Lago T150SS « goutte d’eau » Figoni et Filaschi 1937
L’âge d’or de la carrosserie française
Les années 1930 sont l’âge d’or des carrossiers de prestige. Bugatti, Delahaye, Talbot, Delage ou Hispano-Suiza fournissent les châssis ; Figoni et Falaschi y sculptent l’élégance.
Leur style tranche radicalement avec celui de leurs contemporains. Là où d’autres misent sur la puissance ou la taille, eux recherchent l’harmonie et le mouvement.
Le résultat, des voitures qui semblent dessinées par le vent. Leur utilisation audacieuse des couleurs, des chromes et des formes galbées séduit les amateurs d’art déco et de vitesse.
À une époque où la voiture représentait la liberté absolue, Figoni et Falaschi lui donnent littéralement des ailes.
Le style Figoni et Falaschi : l’aérodynamisme de la beauté
Leur signature ? Des lignes en goutte d’eau, des ailes effilées, des pare-brise inclinés, des passages de roues presque liquides.
L’idée n’était pas seulement esthétique, Figoni croyait fermement à la science de l’aérodynamisme.
Leur chef-d’œuvre absolu, la Delahaye 135M “Narval”, semble sculptée pour fendre l’air comme un avion.
Les couleurs bicolores, les galbes parfaits, les capots interminables donnaient à ces voitures une allure sensuelle, presque vivante.
Rouler en Figoni et Falaschi, c’était afficher le bon goût et la modernité à la française, un peu comme porter un costume Dior avant l’heure.
Crédit photo:wikipedia Delahaye 135 M Figoni et Filaschi 1937
Les collaborations mythiques : Delahaye, Talbot-Lago, Bugatti
La Delahaye 135M carrossée par Figoni et Falaschi est probablement la plus célèbre. Présentée au Concours d’Élégance de 1936, elle fait sensation par ses ailes intégrées et son profil en goutte d’eau.
Vient ensuite la Talbot-Lago T150C SS “Teardrop”, considérée par beaucoup comme la plus belle voiture du monde.
Chaque détail y respire l’équilibre, capot effilé, ailes arrière en demi-lune, toit plongeant. Une symphonie de métal et de courbes.
Bugatti aussi confie à Figoni quelques châssis, notamment de Type 57. Ces réalisations sont si rares qu’elles s’arrachent aujourd’hui à plusieurs millions d’euros lors des ventes aux enchères.
Crédit photo: postwarclassic Delahaye 135 MS Figoni et Filachi Narval Cabriolet 1947
L’après-guerre et le déclin d’un art artisanal
La Seconde Guerre mondiale met un coup d’arrêt brutal à cet âge d’or.
À la Libération, les priorités changent, la reconstruction passe avant le luxe. Les grandes marques de prestige s’éteignent peu à peu, et la carrosserie sur mesure disparaît face à la production de masse.
Figoni tente de relancer son activité dans les années 50, mais le monde a changé.
Ses créations restent admirées, mais appartiennent désormais à un passé révolu, celui où chaque voiture était un objet d’art unique, réalisé à la main, à la lime et au marteau.
Crédit photo: imcdb Delahaye 165 Roadster Figoni et Filaschi
L’héritage et les modèles de collection aujourd’hui
Aujourd’hui, les voitures signées Figoni et Falaschi figurent parmi les plus recherchées des collectionneurs.
Elles trônent dans les musées ou les garages privés, restaurées avec un soin quasi religieux.
Lorsqu’une Talbot-Lago “Teardrop” passe sur la pelouse de Pebble Beach, c’est toujours le même frisson, celui d’une époque où l’automobile flattait le regard autant que le moteur.
Ces carrosseries continuent d’inspirer les designers modernes, fascinés par leur pureté et leur audace.
Elles rappellent que l’élégance ne se démode jamais, surtout lorsqu’elle a été dessinée par des artistes.
Conclusion
Figoni et Falaschi n’étaient pas de simples carrossiers, ils étaient des sculpteurs de mouvement.
Leur travail incarne à la perfection l’esprit français des années 30, inventif, raffiné, audacieux.
Leur nom reste attaché à l’idée même de beauté automobile, celle qui traverse le temps sans prendre une ride.
Nota Bene :
Sous le marteau de Figoni et Falaschi, la voiture est devenue art, mouvement et émotion. Leurs créations rappellent qu’avant d’être technique, l’automobile fut une histoire de beauté et de rêve.
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