Direction Diravi : la technologie Citroën qui a révolutionné la conduite
Lorsqu’on parle de technologies automobiles atypiques, la direction Diravi occupe une place à part. Beaucoup de passionnés la découvrent aujourd’hui en conduisant une voiture ancienne ou une voiture de collection signée Citroën, souvent pour la première fois. Et la surprise est immédiate. Volant ultra léger en manœuvre, stabilité étonnante à haute vitesse, sensations très différentes de tout ce que l’on connaît sur une direction classique. Comment une solution aussi radicale a-t-elle pu exister en production de série, et pourquoi a-t-elle totalement disparu depuis ? La Diravi n’est pas seulement une curiosité mécanique, c’est une vision complète de la conduite automobile.
Crédit photo: photo d’illustration Direction Diravi Citroën SM
Pourquoi Citroën a voulu réinventer la direction automobile
Dans les années 60, Citroën suit une philosophie très claire. La voiture doit avant tout offrir confort, sécurité et stabilité, même à vitesse élevée. À l’époque, les directions assistées classiques restent imparfaites. Elles allègent l’effort, mais conservent des défauts de précision et de retour d’information, surtout sur de grandes berlines rapides.Les ingénieurs de la marque estiment alors qu’il est possible de faire bien mieux. Leur objectif n’est pas seulement d’aider le conducteur, mais de contrôler activement le comportement directionnel de la voiture. En clair, la direction doit devenir un élément de sécurité à part entière, capable d’offrir à la fois maniabilité en ville et stabilité rassurante sur autoroute. C’est dans ce contexte que naît la direction Diravi, pour Direction à Rappel Asservi.
Cette démarche illustre parfaitement l’esprit Citroën de l’époque, audacieux, parfois déroutant, mais toujours tourné vers l’innovation. Une approche fascinante, surtout quand on la compare aux choix beaucoup plus conservateurs de la plupart des constructeurs contemporains.
Crédit photo: image d’llustration fonctionnement direction Diravi
Direction Diravi, comment ça fonctionne réellement
La direction Diravi fonctionne de manière très différente d’une direction assistée classique. Ici, l’assistance hydraulique est permanente. Le volant n’agit plus directement sur les roues par un lien mécanique classique, mais pilote un système hydraulique qui oriente la crémaillère.
Le point le plus surprenant est l’absence de rappel mécanique naturel. Sur une direction classique, ce sont les efforts transmis par les roues qui ramènent le volant au centre. Avec la Diravi, ce rappel est artificiel. Il est généré par la pression hydraulique, calibrée en fonction de la vitesse du véhicule.
À basse vitesse, le volant devient extrêmement léger, ce qui rend les manœuvres presque incroyablement faciles. À haute vitesse, la direction se raffermit automatiquement, donnant une sensation de stabilité remarquable. Le nombre de tours de volant est réduit, ce qui rend la direction très directe, presque vive, là où d’autres grandes routières de l’époque se montrent plus paresseuses.
Ce système peut sembler complexe, mais il repose sur la même hydraulique haute pression que celle utilisée pour la suspension, le freinage et parfois l’embrayage sur certains modèles Citroën. Une centralisation technique impressionnante, mais qui exige aussi un entretien rigoureux.
Des sensations de conduite qui divisent encore aujourd’hui
Conduire une voiture équipée de la direction Diravi pour la première fois est une expérience déroutante. Le volant revient au centre tout seul, sans que l’on sente réellement les efforts de la route. Certains parlent d’une impression de flottement, d’autres d’une sensation de pilotage presque artificielle.
Pour un conducteur habitué aux directions modernes, surtout électriques, la transition peut être surprenante. Il faut quelques kilomètres pour s’adapter, comprendre que la voiture suit fidèlement les ordres, même si le ressenti est différent. Une fois cette phase passée, beaucoup reconnaissent une précision étonnante, surtout en conduite rapide.
C’est un peu comme passer d’un vélo ancien sans assistance à un vélo moderne parfaitement équilibré. Les sensations changent, mais l’efficacité est bien réelle. Certains adorent, d’autres détestent. Cette capacité à diviser les opinions contribue largement à la légende de la Diravi, et c’est aussi ce qui la rend si fascinante aujourd’hui.
Crédit photo: chevalierfr54 Direction Diravi Citroën XM
Les modèles Citroën équipés de la Diravi
La direction Diravi est indissociable de certains modèles mythiques de Citroën. La plus célèbre reste la Citroën SM, véritable vitrine technologique du début des années 70. Sur ce grand coupé à moteur Maserati, la Diravi participe pleinement à l’impression de modernité et de raffinement.
On la retrouve aussi sur certaines versions haut de gamme de la Citroën CX, notamment les CX Prestige et les CX GTi Turbo, où elle contribue au confort de conduite exceptionnel de ces grandes routières. Plus tard, elle équipera également certaines Citroën XM V6, prolongeant la philosophie sur des modèles plus modernes.
Pourquoi tous les modèles Citroën n’en ont-ils pas bénéficié ? La réponse est simple. La Diravi coûte cher à produire, à entretenir et à calibrer. Elle est réservée aux versions haut de gamme, là où le positionnement tarifaire permet d’absorber cette complexité technique. Pour les modèles plus populaires, des directions assistées classiques restent plus adaptées économiquement.
Crédit photo: lepoint mécanique
Avantages techniques et limites du système
Les avantages de la direction Diravi sont nombreux. Stabilité impressionnante à haute vitesse, facilité de manœuvre en ville, direction rapide qui demande peu d’efforts, comportement très sécurisant sur autoroute. Pour les longs trajets, la fatigue du conducteur est nettement réduite, ce qui était un argument majeur à l’époque.
Mais ce système n’est pas sans défauts. Toute panne hydraulique devient critique, puisque la direction dépend entièrement de cette assistance. L’entretien doit être suivi avec attention, notamment au niveau des sphères, des pompes et des circuits sous haute pression. De plus, certains conducteurs regrettent le manque de retour d’information, surtout en conduite sportive.
Il faut aussi reconnaître que le système demande un certain temps d’adaptation. Dans un monde automobile de plus en plus standardisé, proposer une direction aussi différente peut devenir un frein commercial. Ce qui est techniquement brillant n’est pas toujours ce que le marché est prêt à accepter.
Crédit photo: photo d’illustration direction Diravi Citroën CX GTi Turbo 2
Pourquoi la Diravi a disparu malgré ses qualités
La disparition de la direction Diravi s’explique par plusieurs facteurs. L’évolution des normes de sécurité, la complexité des systèmes hydrauliques, les coûts de production et l’arrivée progressive des directions électriques ont changé la donne.
Les directions modernes permettent aujourd’hui de moduler l’assistance en fonction de la vitesse, tout en conservant un certain retour d’information mécanique. Elles sont plus simples à intégrer sur des plateformes partagées, plus faciles à calibrer industriellement, et moins coûteuses à produire.
Dans ce contexte, une solution aussi spécifique que la Diravi n’a plus vraiment sa place. L’industrie automobile a évolué vers des compromis techniques plus standardisés, laissant moins de liberté aux solutions radicales. C’est dommage, car cette audace faisait partie de l’ADN de Citroën et contribuait fortement à l’identité de la marque.
Conclusion
La direction Diravi reste aujourd’hui l’un des systèmes de direction les plus originaux jamais proposés en série. Elle incarne une époque où les constructeurs osaient remettre en question des principes fondamentaux de la conduite automobile. Plus qu’un simple dispositif technique, elle reflète une philosophie complète de la sécurité et du confort.
Si elle peut sembler étrange aux conducteurs modernes, elle continue de fasciner les passionnés de voitures de collection, qui y voient le symbole d’une ingénierie audacieuse, parfois incomprise, mais toujours visionnaire. La Diravi n’a pas survécu aux évolutions industrielles, mais elle a laissé une empreinte durable dans l’histoire de l’automobile, et c’est sans doute ce qui la rend encore aujourd’hui aussi légendaire.
Nota Bene :
La direction Diravi rappelle que certaines innovations ne cherchent pas à plaire à tout le monde, mais à explorer d’autres chemins. Dans une industrie devenue très standardisée, ces idées radicales donnent aujourd’hui un parfum presque magique aux Citroën d’hier.
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