Alpine F1, Flavio Briatore et l’excuse Carlos Ghosn pour expliquer l’échec de 2025
La Formule 1 est un sport de mémoire courte, mais certaines déclarations donnent parfois l’impression qu’elle remonte très loin pour expliquer le présent. En affirmant que les mauvais résultats d’Alpine F1 en 2025 seraient la conséquence directe d’une décision prise en 2014 par Carlos Ghosn, Flavio Briatore a surpris, voire interpellé. Accuser un ancien dirigeant, absent depuis près d’une décennie, pour justifier une situation actuelle pose une question simple : où s’arrête l’héritage du passé, et où commence la responsabilité du présent ?
Crédit photo: sporza Flavio Briatore
Alpine F1 et Flavio Briatore face à la polémique Carlos Ghosn
En pointant du doigt Carlos Ghosn, Flavio Briatore remet sur la table un épisode bien connu de l’histoire récente de la Formule 1. Le virage vers les moteurs hybrides en 2014 a profondément rebattu les cartes, et Renault n’a clairement pas abordé cette transition avec les mêmes moyens que Mercedes, Ferrari ou Honda. Sur ce point, l’analyse n’est pas totalement infondée.
Mais la polémique ne vient pas tant du constat que de son timing. En 2025, Alpine F1 n’est plus l’écurie Renault d’hier. Carlos Ghosn n’a plus aucun lien avec la marque, ni avec la Formule 1. Ressortir son nom aujourd’hui ressemble moins à une explication technique qu’à une tentative de contextualisation commode, voire à un déplacement du débat. Le problème n’est plus ce qui a été fait il y a onze ans, mais ce qui n’a pas été corrigé depuis.
Crédit photo: planetrenault Moteur Renault Sport 2025
Le choix moteur de 2014, une erreur réelle mais datée
Il serait malhonnête de nier les difficultés initiales du moteur Renault à l’arrivée de l’ère hybride. Les débuts ont été marqués par un déficit de puissance, des soucis de fiabilité et une architecture qui n’offrait pas la même marge de progression que celle de Mercedes. Red Bull, partenaire historique, n’a jamais caché son exaspération avant de tourner la page.
Cependant, l’histoire de la Formule 1 montre que ces retards ne sont pas une fatalité. Honda, autre motoriste en grande difficulté au milieu des années 2010, a mis plusieurs saisons à redresser la barre avant de devenir champion du monde avec Red Bull. La différence ne s’est pas jouée sur une décision initiale, mais sur la capacité à investir, à apprendre et à persévérer. À partir de là, invoquer 2014 pour expliquer 2025 devient de moins en moins convaincant.
Crédit photo: photo d’illustration Carlos Ghosn
Onze années pour corriger une trajectoire
C’est ici que l’argumentation de Flavio Briatore atteint sa limite. Entre 2014 et aujourd’hui, Renault puis Alpine ont eu le temps d’agir. Le constructeur est redevenu une écurie d’usine à part entière dès 2016, a changé de nom en 2021, a renouvelé son management, ses structures et ses ambitions. Onze saisons, en Formule 1, représentent une éternité.
Si le moteur Renault est encore considéré comme le moins performant du plateau en 2025, la responsabilité ne peut raisonnablement être imputée à un seul homme parti depuis longtemps. Les choix stratégiques, les arbitrages budgétaires et les priorités techniques ont été définis par plusieurs équipes dirigeantes successives. Le passé explique peut-être le point de départ, mais il n’explique pas l’incapacité à changer de cap sur une aussi longue période.
Crédit photo: photo d’illustration L’Alpine F1 lors de la saison 2025, au cœur des difficultés de l’écurie.
Quand l’échec n’est jamais la faute de Flavio Briatore
Cette sortie médiatique s’inscrit aussi dans une constante bien connue du personnage. Dans la carrière de Flavio Briatore, les succès sont collectifs, mais les échecs ont souvent des causes extérieures. Le règlement, les pneus, la météo, un partenaire défaillant, ou désormais un ancien dirigeant absent depuis dix ans.
Cette posture n’est pas propre à Briatore, la Formule 1 regorge d’exemples similaires. Mais elle interroge lorsqu’elle devient systématique. L’autocritique est un levier essentiel dans un sport aussi compétitif. À force de chercher des excuses, on finit par éviter les vraies questions, celles qui concernent la structure, la culture interne et la vision à long terme. Or, c’est précisément sur ces points qu’Alpine semble encore hésiter.
Crédit photo: photo d’illustration Moteur Mercdes F1 2026
2026 et le moteur Mercedes, la fin annoncée des excuses
L’abandon du moteur Renault au profit d’un moteur Mercedes à partir de 2026 est présenté comme un nouveau départ. Implicitement, ce choix revient à reconnaître que le problème venait bien du groupe motopropulseur. Mais il pose aussi une question plus dérangeante, que restera-t-il comme argument si les résultats ne suivent toujours pas ?
Avec le moteur Mercedes, Alpine disposera de l’une des références du plateau. À partir de là, il ne sera plus possible d’invoquer un déficit technique structurel. La responsabilité sera totale, sur le châssis, l’aérodynamique, l’organisation et la gestion sportive. 2026 devient ainsi un point de vérité. Soit Alpine progresse réellement, soit le débat se déplacera encore… vers une nouvelle excuse.
Conclusion
En renvoyant la responsabilité de l’échec d’Alpine F1 en 2025 à une décision prise en 2014, Flavio Briatore rappelle surtout une chose : le passé sert parfois plus à se justifier qu’à progresser. Oui, l’ère hybride a été mal négociée par Renault, et oui, cela a pesé lourd sur plusieurs saisons. Mais onze ans plus tard, cet argument ne suffit plus à expliquer une équipe toujours en difficulté.
La Formule 1 ne récompense pas la mémoire, elle récompense la capacité d’adaptation. Et c’est précisément là que se joue l’avenir d’Alpine. Avec un moteur Mercedes dès 2026, les cartes seront rebattues, mais aussi les responsabilités. Cette fois, il n’y aura plus d’ex-dirigeant à invoquer, plus d’héritage technique à accuser. Juste des choix présents, et leurs conséquences immédiates.
Nota Bene :
En Formule 1, le passé explique parfois le point de départ, mais jamais la ligne d’arrivée.
À force de regarder dans le rétroviseur, on finit par oublier que les victoires se construisent toujours au présent.
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