BMW 850 CSi E31 bleue vue de trois-quarts avant
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BMW Série 8 E31 : de la 850i V12 à la redoutable 850 CSi

La BMW Série 8 E31 apparaît à la fin des années 1980 comme l’un des projets les plus ambitieux jamais entrepris par BMW pour une voiture de grand tourisme. Présentée avec la 850i et son prestigieux V12, elle ne cherche pas simplement à prolonger la Série 6 E24 : plus basse, plus sophistiquée et beaucoup plus technologique, elle vise un territoire supérieur. Cette ambition aura pourtant son revers. Lourde, chère et complexe, l’E31 ne connaîtra jamais une diffusion à la hauteur de l’investissement consenti. Ce qui limitait peut-être son succès à l’époque participe aujourd’hui précisément à son caractère exceptionnel.

Crédit photo: Illustration BMW 850i E31

BMW Série 8 E31 : pourquoi la 850i était-elle si ambitieuse ?

La BMW Série 8 E31 est dévoilée en 1989 avec la 850i et son V12 5,0 litres de 300 ch, mais son ambition dépasse largement son moteur : aérodynamique, électronique et conception du châssis doivent en faire une véritable vitrine technologique.
Son dessin signé Klaus Kapitza rompt avec celui des grands coupés BMW précédents. La carrosserie extrêmement basse adopte des phares escamotables, des vitres latérales sans encadrement et surtout aucun montant central apparent lorsque celles-ci sont abaissées. Le coefficient de pénétration dans l’air descend autour de 0,29, remarquable pour une GT de cette époque.

Sous le capot, le V12 constitue évidemment l’argument spectaculaire. Mais la 850i n’est pas conçue comme une supercar. Elle privilégie stabilité, silence, confort à haute vitesse et sophistication.
Cela explique aussi son principal paradoxe. Malgré ses 300 ch, la 850i approche 1,8 tonne selon sa configuration. Sa silhouette évoque une sportive radicale, alors que BMW a surtout créé une grande GT capable de parcourir très rapidement de longues distances.

Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la BMW 850 CSI

Crédit photo: Illustration moteur BMW 850i

Pourquoi le V12 de la BMW 850i ne raconte-t-il qu’une partie de l’histoire ?

Le V12 M70 de 4 988 cm³ développe 300 ch et un couple généreux disponible sans brutalité. La 850i peut recevoir une boîte automatique à quatre rapports ou une boîte manuelle à six rapports, combinaison particulièrement inhabituelle avec un V12 de grand tourisme. Mais le moteur lui-même illustre parfaitement la philosophie technique de l’E31. Sa gestion électronique utilise deux ensembles de commande travaillant chacun sur un banc de six cylindres, avec une coordination assurant leur fonctionnement commun. L’accélérateur électronique participe également à une sophistication encore inhabituelle au tournant des années 1990.

L’E31 multiplie parallèlement les équipements électriques et électroniques destinés au confort, à la sécurité et au comportement. Cette abondance possède aujourd’hui une autre lecture. Une technologie impressionnante lorsqu’une 850i était neuve peut devenir une source de dépenses considérables trente ans plus tard. Diagnostiquer une panne électrique ou remettre en état une voiture longtemps négligée demande autrement plus de précautions que sur un coupé BMW plus simple. La complexité fait donc simultanément partie de la légende et des risques liés à l’E31.

Crédit photo: Illustration intérieur 850i

840i et 850Ci : pourquoi BMW a-t-il fait évoluer sa grande GT ?

BMW élargit progressivement la gamme plutôt que de conserver le V12 comme unique proposition. La 840i apparaît avec un V8 4,0 litres de 286 ch, puis l’appellation évolue vers 840Ci et le moteur passe ensuite à 4,4 litres tout en conservant une puissance comparable.
La 850 évolue également. L’appellation 850Ci remplace progressivement 850i et le V12 5,0 litres laisse place au M73 de 5,4 litres développant 326 ch.

Cette succession explique une partie de la confusion qui entoure aujourd’hui les différentes E31. Une 840 n’est d’ailleurs pas nécessairement une Série 8 « au rabais ». Son V8 conserve des performances élevées tout en modifiant le caractère de la voiture et la masse supportée par le train avant.
Le V12 reste cependant indissociable de l’image de l’E31. Plus que quelques dixièmes gagnés en accélération, il représente le positionnement exceptionnel que BMW voulait donner à son grand coupé.
Une version va néanmoins pousser cette mécanique beaucoup plus loin.

Crédit photo: Illustration BMW 850 CSI

BMW 850 CSi : quand Motorsport transforme la GT en véritable sportive

La BMW 850 CSi ne se contente pas d’ajouter de la puissance à la Série 8 : BMW Motorsport transforme profondément la grande GT avec un V12 5,6 litres de 380 ch, une boîte manuelle à six rapports et un châssis spécifiquement retravaillé.
Le moteur porte la désignation S70, révélatrice de son développement par BMW Motorsport. La cylindrée augmente, comme la puissance et le couple, mais les modifications ne s’arrêtent pas au compartiment moteur.

Suspensions, freinage et réglages évoluent tandis que le système AHK permet aux roues arrière de modifier légèrement leur orientation afin d’améliorer le comportement dynamique. La CSi devient ainsi beaucoup plus qu’une 850i particulièrement puissante.
Sa diffusion renforce aujourd’hui son statut : seulement 1 510 exemplaires sont produits. Cette rareté explique pourquoi elle occupe désormais une position très différente des autres E31 auprès des collectionneurs. Pour autant, la 850 CSi n’est pas une M8 rebaptisée. BMW a effectivement travaillé sur un prototype M8 encore plus radical, mais celui-ci n’atteindra jamais la production.

Crédit photo: Illustration BMW 850i

Pourquoi la Série 8 E31 est-elle devenue plus mythique après sa disparition ?

L’E31 avait beaucoup d’arguments pour impressionner et presque autant pour compliquer sa carrière. Son prix la plaçait très haut, tandis que le contexte économique du début des années 1990 n’aidait guère les grands coupés coûteux. Sa complexité et son positionnement entre GT de prestige et sportive contribuaient également à limiter sa clientèle. Un peu plus de 30 000 exemplaires seulement seront finalement produits avant l’arrêt de la génération en 1999.

Avec le recul, cette diffusion relativement faible change de signification. Les phares escamotables, la ligne basse, les vitres sans montant, le V12 et l’abondance de technologies composent désormais un ensemble impossible à retrouver sur une BMW moderne. L’E31 reste néanmoins une ancienne à acheter avec discernement. Un exemplaire proposé à un tarif séduisant mais souffrant de problèmes électroniques, d’un entretien différé ou d’une remise en état mécanique importante peut rapidement devenir très coûteux.
C’est aussi ce qui distingue désormais les belles voitures préservées : la Série 8 E31 n’est pas devenue intéressante parce qu’elle a vieilli, mais parce que l’époque automobile qui avait permis sa conception a disparu.

Crédit photo: Illustration BMW 850 CI préparée circuit

Conclusion

La BMW Série 8 E31 n’était ni légère ni réellement conçue pour devenir la sportive la plus radicale de BMW. Elle incarnait une autre ambition : réunir technologie, prestige, performances et grand tourisme dans un coupé spectaculaire.
La 850 CSi en représente l’aboutissement sportif, mais c’est bien la 850i V12 originelle qui a créé le choc. L’E31 est finalement devenue légendaire en assumant précisément ce qui la rendait excessive.

Nota Bene :

BMW a bien développé au début des années 1990 un prototype M8 beaucoup plus radical basé sur l’E31. Longtemps gardé secret et jamais commercialisé, il ne doit pas être confondu avec la 850 CSi, qui fut la version sportive réellement produite de la première Série 8.

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