Cyclistes portant un casque et un gilet réfléchissant lors d'un déplacement en ville.
|

Casque obligatoire à vélo : jusqu’où faut-il réglementer notre sécurité ?

Porter un casque à vélo est plus sûr que de ne pas en porter. Voilà, c’est dit. En cas de chute ou de collision, mieux vaut évidemment avoir quelques centimètres de matériau protecteur entre son crâne et le bitume. Le débat pourrait donc sembler réglé. Pourtant, une autre question apparaît immédiatement : parce qu’un équipement améliore notre sécurité, doit-il nécessairement devenir obligatoire ?

Depuis le 7 août, le port du casque et d’un équipement haute visibilité est devenu obligatoire pour les utilisateurs de trottinettes électriques à Paris et dans les trois départements de la petite couronne. Dans le même temps, le gouvernement réfléchit à étendre l’obligation du casque aux utilisateurs de trottinettes et aux cyclistes dans toute la France.

Et c’est précisément là que le débat commence.

Être favorable au port du casque ne signifie pas nécessairement être favorable au casque obligatoire. Son utilité en matière de sécurité n’est pas en cause. La question est de savoir si cette utilité suffit à justifier que les pouvoirs publics décident à la place de chacun du niveau de protection qu’il doit adopter. Car si le simple fait qu’une protection améliore notre sécurité suffit à la rendre obligatoire, où place-t-on ensuite la limite ?

Après quelques années de casque obligatoire, les statistiques montreront toujours des blessés. Simplement, la répartition des blessures aura peut-être changé. On constatera que les mains et les poignets sont particulièrement exposés lors des chutes. Et ce sera parfaitement vrai : lorsqu’on tombe, le réflexe naturel consiste souvent à tendre les mains. Faudra-t-il alors rendre obligatoires des gants renforcés comme à moto ?

Puis quelqu’un remarquera que les genoux et les coudes restent vulnérables. Genouillères et coudières deviendront-elles à leur tour indispensables ? On pourra toujours démontrer que chacune de ces protections réduit certains risques. Et chacune constituera donc, prise séparément, une excellente idée. C’est justement le problème.

Une société ne peut pas avoir pour seul objectif de supprimer tous les risques de l’existence. Nous acceptons quotidiennement quantité de risques simplement parce que vivre consiste aussi à faire des choix. Nous montons un escalier, bricolons, faisons du sport, nageons, roulons à vélo ou traversons une rue. Pour chacune de ces activités, il serait possible d’imaginer une protection ou une règle supplémentaire susceptible de réduire encore un peu le danger.

Bien sûr, la liberté individuelle possède elle aussi des limites. Lorsqu’un comportement met directement les autres en danger, l’intervention de la collectivité devient beaucoup plus facile à justifier. Personne ne peut sérieusement réclamer la liberté de rouler à 150 km/h devant une école au motif qu’il accepte personnellement le risque.

Mais le casque obligatoire pose une question différente : il protège avant tout celui qui le porte.

Il existe néanmoins un argument sérieux en faveur de l’obligation. Une personne grièvement blessée mobilise les secours, l’hôpital et éventuellement, pendant longtemps, notre système de protection sociale. Les conséquences d’un accident ne sont donc jamais totalement individuelles. L’argument mérite d’être entendu. Mais poussons alors le raisonnement jusqu’au bout.

L’État continue d’autoriser la vente de tabac à des adultes parfaitement informés de ses dangers, alors que ses conséquences sanitaires sont sans commune mesure avec celles de la pratique du vélo. Nous acceptons donc déjà qu’un adulte puisse prendre en connaissance de cause un risque considérable pour sa propre santé. Difficile, dès lors, de considérer comme évident que chaque risque individuel plus modeste doive automatiquement être supprimé par une nouvelle obligation.

Il est vrai qu’entre les deux existe une petite différence : le casque ne génère pas les mêmes recettes fiscales que le paquet de cigarettes.

Cela ne signifie évidemment pas que le tabac reste légal uniquement parce qu’il rapporte de l’argent à l’État. Ses conséquences sanitaires engendrent elles aussi des coûts considérables. Mais la comparaison montre surtout à quel point notre société accepte des niveaux de risque très différents selon les domaines. La santé publique ne peut donc pas être le seul argument permettant de transformer automatiquement une recommandation en obligation.

Il existe enfin un autre risque, plus discret : à force d’équiper et de réglementer une activité simple, on peut finir par lui enlever une partie de ce qui faisait justement son intérêt.

Nous expliquons depuis des années qu’il faudrait davantage marcher, utiliser le vélo et adopter les mobilités légères. Leur principal avantage est précisément leur simplicité. On prend son vélo et on part. Si chaque déplacement finit par demander casque, gilet fluorescent et demain peut-être toute une panoplie de protections, certains choisiront tout simplement autre chose.

Le sujet n’est donc pas de savoir si le casque est utile. Il l’est. Il est encore moins question de déconseiller son utilisation.

La question est de savoir si tout ce qui est bon pour notre sécurité doit automatiquement devenir obligatoire.

Car après le casque viendront peut-être les gants, puis les genouillères et les coudières. Et lorsque nous aurons enfin éliminé tous les risques de la vie quotidienne, il restera une dernière solution : rendre obligatoire la bulle de plastique individuelle pour sortir de chez soi.

Nota Bene :

Se protéger davantage est souvent une excellente idée. Pouvoir décider soi-même jusqu’où l’on souhaite se protéger reste aussi une forme de liberté.

À lire aussi : Pourquoi récupérons-nous encore si peu l’eau de pluie ?

Si ce regard sur l’actualité vous parle, je publie un billet d’humeur chaque jour.

Ne ratez aucun billet d’humeur

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *