Les écrans tactiles ont-ils vraiment amélioré nos voitures ?
Il y a encore une quinzaine d’années, régler la température dans une voiture demandait généralement de tourner une molette. Augmenter le volume ? Un bouton. Activer le dégivrage ? Une touche facilement reconnaissable que l’on pouvait parfois trouver sans même quitter la route des yeux. Aujourd’hui, toutes ces fonctions peuvent se retrouver regroupées sur un immense écran tactile au milieu du tableau de bord. C’est moderne, spectaculaire et particulièrement valorisant dans une brochure commerciale. Mais est-ce vraiment un progrès à tous les niveaux ?
Il serait injuste de nier les qualités des écrans tactiles. Ils permettent de regrouper énormément de fonctions, d’afficher la navigation, les caméras, les informations du véhicule et de faire évoluer certaines interfaces par mise à jour. Ils évitent également les tableaux de bord couverts de dizaines de boutons dont certains propriétaires ne connaissaient parfois jamais la fonction.
Mais ce regroupement possède son revers. Avec une commande physique, le conducteur peut apprendre instinctivement où se trouve un bouton. Sa forme et sa position suffisent parfois pour l’utiliser sans regarder. Sur un écran, il faut souvent identifier une icône, toucher une zone précise et parfois naviguer dans un menu. Une opération simple peut alors demander davantage d’attention.
Le problème pourrait surtout apparaître beaucoup plus tard, lorsque les voitures actuellement neuves auront pris de l’âge.
Nous avons l’habitude de voir des automobiles de 15, 20 ou 30 ans continuer à circuler. Certaines commandes mécaniques vieillissent remarquablement bien et, lorsqu’un interrupteur tombe en panne, il reste généralement possible de le remplacer ou de le réparer relativement simplement.
Un écran central est autrement plus complexe.
Selon des tests réalisés par l’organisme allemand DEKRA, certains écrans équipant les voitures modernes pourraient atteindre leur limite de fiabilité après seulement 10 à 12 ans. Il ne faut évidemment pas en conclure que tous les écrans tomberont en panne à leur douzième anniversaire. Certains fonctionneront probablement beaucoup plus longtemps. Mais cette estimation pose une question que nous nous posions rarement avec un bouton de chauffage : l’interface principale de la voiture vieillira-t-elle aussi longtemps que la voiture elle-même ?
Car les écrans tactiles ne servent plus seulement à écouter de la musique ou à afficher une carte. Sur certains modèles, ils permettent de commander la climatisation, de modifier les réglages du véhicule, de gérer les aides à la conduite ou d’accéder à différentes fonctions de confort. Une panne peut donc affecter beaucoup plus qu’un simple équipement multimédia.
Et il existe un deuxième problème : la disponibilité des pièces.
Remplacer un écran après huit ans ne devrait théoriquement poser aucune difficulté. Mais qu’en sera-t-il après quinze ou vingt ans ? Le constructeur fabriquera-t-il toujours exactement cette référence ? Une pièce compatible sera-t-elle disponible ? Pourra-t-elle être installée indépendamment ou devra-t-elle être codée et associée électroniquement au véhicule ?
C’est là que la modernité pourrait présenter une drôle de facture aux futurs collectionneurs. Restaurer une voiture ancienne consiste aujourd’hui à refaire un moteur, trouver des éléments de carrosserie, réparer un carburateur ou reconstruire un faisceau électrique. Restaurer certaines voitures des années 2020 pourrait un jour consister à rechercher sur Internet un écran électronique qui n’est plus fabriqué depuis dix ans.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait revenir aux tableaux de bord des années 1980. L’écran apporte de vraies possibilités qu’une rangée de boutons ne pourrait offrir. Mais peut-être avons-nous parfois été trop loin en lui confiant absolument toutes les fonctions.
Une solution intermédiaire existe d’ailleurs : conserver l’écran pour les fonctions complexes et maintenir de véritables commandes physiques pour celles utilisées quotidiennement. Température, ventilation, dégivrage ou volume n’ont pas nécessairement besoin de disparaître derrière une interface tactile simplement parce que la technologie le permet.
Finalement, la véritable réussite d’une innovation automobile ne devrait peut-être pas se mesurer uniquement le jour où la voiture quitte la concession. Elle devrait aussi se mesurer quinze ou vingt ans plus tard.
Nous savons déjà conserver une voiture pendant vingt ou trente ans. Reste désormais à savoir si, dans vingt ans, nous pourrons encore régler son chauffage.
Nota Bene
Un bouton mécanique vieux de trente ans peut être démodé, usé et parfois franchement laid. Mais lorsqu’on le tourne et que le chauffage démarre encore, il possède une qualité que les écrans tactiles devront désormais démontrer à leur tour : savoir vieillir.
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