Pourquoi continue-t-on à couper autant d’arbres en ville ?
Lorsqu’un projet d’aménagement est annoncé, les réactions sont souvent les mêmes. Les habitants découvrent que plusieurs arbres vont être abattus et s’interrogent : pourquoi les supprimer alors qu’ils apportent de l’ombre, rafraîchissent l’air et embellissent le quartier ? À l’heure où les canicules deviennent plus fréquentes, cette question revient de plus en plus souvent.
Il faut d’abord reconnaître que tous les abattages ne sont pas injustifiés. Certains arbres sont malades, fragilisés par l’âge ou représentent un danger pour les passants. D’autres doivent être retirés parce que leurs racines endommagent les trottoirs, les canalisations ou certains ouvrages. Dans ces situations, leur remplacement peut parfaitement se justifier.
Mais ces cas n’expliquent pas tout. De nombreux arbres disparaissent également lors de projets immobiliers, de réaménagements urbains ou d’élargissements de voirie. La place manque parfois pour conserver à la fois les bâtiments, les réseaux, les parkings, les pistes cyclables et les arbres existants. Il faut alors faire des choix… et ces choix privilégient encore souvent les infrastructures plutôt que la végétation.
Pourtant, les bénéfices des arbres en ville sont aujourd’hui largement connus. Ils procurent de l’ombre, réduisent la température de plusieurs degrés pendant les fortes chaleurs, filtrent une partie des polluants, absorbent du dioxyde de carbone, limitent le ruissellement de l’eau de pluie et offrent un refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes. Leur rôle dépasse largement le simple aspect esthétique.
Les collectivités mettent d’ailleurs de plus en plus en avant les campagnes de replantation. C’est une excellente nouvelle. Mais un jeune arbre ne remplace pas immédiatement un sujet parfois centenaire. Il faudra souvent plusieurs décennies avant qu’il apporte le même niveau d’ombre, de fraîcheur et de biodiversité. Autrement dit, remplacer un arbre est indispensable… mais il ne faut pas croire que l’équilibre est retrouvé dès le lendemain.
La véritable question est peut-être ailleurs. Avant d’abattre un arbre, ne faudrait-il pas systématiquement se demander s’il est possible d’adapter le projet plutôt que de supprimer la végétation ? Certaines villes montrent qu’il est possible de concevoir autrement l’espace public en intégrant davantage les arbres existants dès le départ, plutôt qu’en les considérant comme une contrainte.
Finalement, un arbre met parfois cinquante ou cent ans à offrir tous ses bénéfices. Le couper ne prend que quelques minutes. Cette différence de temps devrait sans doute nous inciter à réfléchir davantage avant chaque décision. Car lorsqu’un grand arbre disparaît, ce n’est pas seulement un élément du paysage qui s’en va. C’est aussi un patrimoine vivant que plusieurs générations avaient vu grandir.
Nota Bene :
Les arbres en ville sont probablement les seuls équipements urbains dont la valeur augmente avec le temps. Plus ils vieillissent, plus ils rendent de services. C’est peut-être une raison supplémentaire pour ne les remplacer qu’en dernier recours.
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