Lotus Esprit et James Bond : la voiture sous-marine culte
Et si la voiture la plus culte de James Bond… n’était pas une Aston Martin ? En 1977, un nouveau modèle vole la vedette aux DB5 et autres bolides britanniques. Elle est fine, anguleuse, blanche comme un uniforme de la Navy, et surtout… elle se transforme en sous-marin. La Lotus Esprit James Bond entre en scène, et plus rien ne sera jamais comme avant dans l’univers des voitures de cinéma.
Crédit photo: voiture-de-film Lotus Esprit S1.
1977, l’année où Bond plonge
Le film L’Espion qui m’aimait marque un tournant dans la saga. Roger Moore incarne un James Bond plus détendu, plus second degré, plus gadget que jamais. L’époque change, et le public en redemande. Pour la première fois, Bond ne conduit pas une Aston Martin mais une Lotus Esprit S1, voiture moderne, audacieuse, encore méconnue du grand public.
Le pari est risqué : remplacer un mythe par un autre. Et pourtant, la scène en question deviendra légendaire. Bond est poursuivi, quitte la route, et fonce droit vers la mer. La Lotus plonge… et se transforme en sous-marin. Missiles sous-marins, hélices rétractables, cockpit sec malgré l’immersion : tout y est. C’est absurde. C’est grandiose. C’est Bond.
Crédit photo:Image tirée du film « L’Espion qui m’aimait » (1977) — © EON Productions / Danjaq LLC / United Artists.
Une Lotus Esprit pas comme les autres
La scène sous-marine est l’un des morceaux de bravoure du film. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas un effet numérique (il n’en existe pas encore en 1977). Ce sont plusieurs modèles qui sont utilisés pour le tournage :
- Une vraie Lotus pour les scènes routières
- Une maquette radiocommandée pour les plans larges en mer
- Et une version transformée en véritable sous-marin, construite par Perry Oceanographic, une société spécialisée dans les mini-subs
Résultat : un effet saisissant, encore bluffant près de 50 ans plus tard. On y croit, parce qu’on voit. C’est de la mécanique, de la vraie. De l’eau, du métal, de la buée sur les vitres. Et surtout, une Lotus qui échappe aux lois de la gravité.
Le choix de Lotus : un coup de génie marketing
Mais pourquoi une Lotus ? La réponse tient en une anecdote aussi futée qu’un plan de Q. Bond : un cadre de chez Lotus, informé que la production cherchait une nouvelle voiture pour le film, a tout simplement garé une Esprit anonyme devant les bureaux d’EON Productions, puis s’est éclipsé. Résultat : les producteurs repèrent la ligne incroyable de la voiture et demandent de l’essayer.
Le plan fonctionne à merveille. Lotus devient fournisseur officiel de 007, et l’image de la marque explose. La firme passe d’un constructeur pointu mais confidentiel à une icône de la pop culture, grâce à une scène de cinéma. Encore aujourd’hui, c’est l’un des plus beaux coups de com’ de l’histoire automobile.
Crédit photo: voiture-de-film Lotus Esrit S1 modifiée
Une voiture réelle, un mythe fabriqué
La Lotus Esprit utilisée par James Bond est un modèle S1 (Série 1) de 1976. Elle est équipée d’un moteur 4 cylindres de 2 litres, développant environ 160 chevaux. Pas de quoi rivaliser avec les sportives les plus féroces de l’époque… mais ce n’est pas le sujet. Ce qui compte, c’est son design radical signé Giorgetto Giugiaro, ses angles tranchants, son look de vaisseau spatial posé sur l’asphalte.
Pour le tournage, plusieurs voitures sont modifiées :
- Une sans roues, car fixée sur un châssis de sous-marin
- Une autre sans intérieur, pour les plans d’habitacle
- Une maquettisée, utilisée en piscine et à l’extérieur
La voiture d’origine n’a jamais été capable de rouler et de plonger. Mais ça n’a pas empêché le public de la surnommer “Wet Nellie”, en clin d’œil à Little Nellie, le gyrocoptère de On ne vit que deux fois.
Crédit photo:Photo promotionnelle du film « Rien que pour vos yeux » (1981) — © EON Productions / United Artists. Utilisation à titre illustratif
Une Lotus Esprit James Bond… chez Elon Musk
Et puis il y a l’histoire folle. Celle d’un entrepôt oublié, d’une caisse non ouverte achetée 100 dollars… et d’un sous-marin de cinéma retrouvé intact. L’un des modèles utilisés dans le film est redécouvert en 1989, puis vendu aux enchères en 2013 pour près d’un million de dollars.
L’acheteur ? Elon Musk, le patron de Tesla, qui affirme vouloir la rendre “fonctionnelle”. À défaut de voler, sa voiture électrique pourrait bientôt plonger. L’effet d’annonce amuse, puis inquiète. Musk serait-il lui-même en train de rejouer un Bond grandeur nature ? Rien n’a filtré depuis, mais le mythe continue.
Crédit photo:Image tirée du film « L’Espion qui m’aimait » (1977) — © EON Productions / Danjaq LLC / United Artists.
Après Bond : l’héritage de la Lotus Esprit
La scène du sous-marin a marqué les esprits pour de bon. Si la Lotus Esprit revient brièvement dans Rien que pour vos yeux (1981), elle ne retrouve jamais l’impact de sa première apparition. Pourtant, elle reste associée à l’univers Bond plus que beaucoup d’autres modèles.
Dans le monde réel, la Esprit poursuivra sa carrière jusqu’en 2004, avec des versions turbocompressées, V8, et même GT. Elle ne sera jamais un best-seller, mais elle reste un objet de culte, à la croisée des mondes : voiture d’ingénieur, d’architecte… ou d’agent secret.
Même aujourd’hui, la simple vision d’une Lotus blanche évoque instantanément l’image de Bond jaillissant de l’eau en ouvrant la fenêtre pour lancer un poisson au public médusé. C’est ça, la force du cinéma.
Conclusion
La Lotus Esprit James Bond n’a pas seulement changé la donne pour Lotus. Elle a redéfini ce qu’on attendait d’une “voiture de film”. Elle n’était pas la plus rapide, ni la plus chère. Mais elle avait ce que peu d’autres ont : une personnalité, et une scène inoubliable.
Dans un monde où l’automobile devient de plus en plus rationnelle, normée, silencieuse… cette Lotus amphibie des années 70 continue de faire rêver. Elle ne volait pas, elle ne se régénérait pas, elle ne tirait pas des lasers… mais elle plongeait, pour de vrai. Et rien que pour ça, elle mérite sa place au panthéon de la pop culture.
Nota Bene
Une voiture qui devient un sous-marin, ce n’est plus de l’ingénierie : c’est du cinéma. La Lotus Esprit de Bond reste l’un des plus grands “what if” mécaniques jamais filmés — et personne n’a osé faire mieux depuis.
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