Ford Sierra Cosworth : la berline qui voulait manger des GTI
Turbo, propulsion, aileron d’avion et moteur de feu : la Ford Sierra Cosworth n’avait rien d’une simple familiale. Née pour briller en compétition, elle a fini par s’imposer sur la route, dans les garages des passionnés, et dans le cœur des amateurs de sensations fortes. Une légende des années 80, entre folie mécanique et stratégie marketing bien huilée. Son ADN ? De la performance brute emballée dans une berline au look d’émeutière.
Crédit photo: wikipedia Ford Sierra RS Cosworth
Une base discrète, un look de brute
Quand elle apparaît en 1982, la Ford Sierra remplace la vieillissante Cortina. Ligne profilée, aérodynamique poussée, propulsion : c’est une voiture familiale conçue pour être moderne et efficace. Rien ne laisse présager qu’un monstre va en surgir.
Mais chez Ford Motorsport, l’idée germe : transformer cette sage berline en voiture de course homologuée. Résultat ? En 1985 débarque la Sierra RS Cosworth, développée avec l’aide du motoriste britannique Cosworth. Esthétiquement, elle détonne : jupes élargies, becquet arrière taille XXL, extracteurs, jantes en alu… On dirait qu’elle sort tout droit d’un paddock.
Un look ravageur, presque trop voyant pour la route. Mais c’est précisément ce qui va la rendre culte.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la Ford Sierra Cosworth
Crédit photo: carjager
Ford Sierra Cosworth : un moteur explosif pour une époque explosive
La star, c’est le moteur. Un 4 cylindres 2.0 turbo 16 soupapes, dérivé du bloc Pinto mais transformé par Cosworth (type YB). Puissance d’origine : 204 chevaux, mais un potentiel de préparation énorme. En rallye comme en DTM, ce bloc grimpera allègrement à 400, voire 500 chevaux.
Sur route, la Sierra Cosworth offre déjà des performances hallucinantes pour l’époque : 0 à 100 km/h en 6,5 secondes, 240 km/h en pointe. Le tout dans une berline cinq places. Autant dire qu’à côté, les GTI de l’époque font pâle figure. C’était comme amener un bulldozer à une bataille de pistolets à eau.
Côté châssis, la voiture reste en propulsion — pour les puristes, c’est un régal. Mais sur sol mouillé, mieux valait avoir de bons réflexes. La Sierra ne pardonnait pas les excès de confiance.
Une arme de Groupe A : rallye, DTM et légende
La raison d’être de la Sierra Cosworth, c’est la compétition. Pour homologuer le modèle en Groupe A, Ford doit en produire 5000 exemplaires. Mission accomplie, et avec succès : la voiture s’engage en rallye, en championnat britannique de voitures de tourisme, et surtout en DTM (championnat allemand).
En rallye, elle brille surtout sur asphalte. Mais c’est en circuit qu’elle entre dans la légende, avec des versions de plus en plus puissantes, emmenées par des pilotes comme Klaus Ludwig. Son palmarès s’étoffe : victoires, podiums, et l’image d’une voiture aussi efficace que violente.
La Sierra Cosworth, c’est un peu la brute épaisse qui débarque dans un concours de dandys : elle fait du bruit, elle cogne fort, et elle repart avec la coupe.
Crédit photo: classic-trader Ford Sierra Cosworth RS500
RS500 : série limitée, puissance illimitée
En 1987, Ford pousse encore plus loin avec la Sierra RS500 Cosworth. Série ultra-limitée à 500 exemplaires, destinée à la compétition, mais homologuée pour la route. Elle pousse le bloc à 225 chevaux, avec un turbo plus gros, un intercooler revu, et une fiabilité renforcée.
Mais surtout, elle sert de base à des préparations délirantes. En configuration course, certaines RS500 dépassent 500 chevaux. Dans les paddocks, elle devient une légende vivante. Et aujourd’hui, c’est l’un des modèles les plus rares et recherchés par les collectionneurs.
Une RS500 bien conservée, c’est un billet à six chiffres. Et un aller simple vers le panthéon des sportives des années 80.
Crédit photo:myvintage Ford Sierra Cosworth Groupe A
Du parking au panthéon des youngtimers
Pendant longtemps, la Sierra Cosworth traînait une image sulfureuse. Utilisée par des jeunes énervés, tunée jusqu’à l’absurde, elle avait fini dans les petites annonces à prix cassés. Une époque où certains pensaient encore qu’elle n’était qu’une “vieille Ford bruyante”.
Mais le vent a tourné. Dans les années 2010, l’engouement pour les youngtimers remet la Sierra au centre du jeu. Son mélange explosif de look, de mécanique et d’histoire en fait un objet de convoitise.
Aujourd’hui, une Cosworth d’origine, en bel état, dépasse facilement les 50 000 €. Quant à une RS500 authentique, elle peut atteindre plus de 150 000 € aux enchères. Incroyable pour une voiture qui dormait dehors il y a encore 20 ans.
Crédit photo: asphalte Ford Focus RS
Héritage et postérité
La Sierra Cosworth a marqué au fer rouge l’histoire de Ford. Sans elle, il n’y aurait pas eu d’Escort Cosworth, ni plus tard de Focus RS. Elle a ouvert la voie à une gamme de sportives extrêmes, populaires mais pas banales.
Elle a aussi montré qu’une marque généraliste pouvait produire une voiture capable de tenir tête aux Porsche et BMW M3 de son époque. Avec un bon moteur, une vraie stratégie et un grain de folie, une simple berline pouvait devenir une légende.
La Sierra Cosworth, c’est l’ancêtre des missiles sol-sol à cinq places. Et surtout, l’une des rares voitures à pouvoir faire sourire un pilote pro et frémir un garagiste.
Conclusion
La Ford Sierra Cosworth, c’est le pari fou de transformer une berline banale en machine de guerre. Avec son turbo hargneux, son comportement joueur et son look de hooligan en costard, elle a imposé sa loi sur la route et sur piste. Plus qu’une voiture : un coup de génie mécanique devenu culte. Une Ford pas comme les autres. Une voiture qui, aujourd’hui encore, fout des frissons rien qu’en la démarrant.
Nota Bene
Avec son aileron digne d’un avion de chasse et son turbo prêt à mordre, la Sierra Cosworth a mis tout le monde d’accord. Une familiale ? Non. Un missile à quatre places, oui.
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