Fin du thermique en Europe : l’UE commence déjà à assouplir 2035
En 2022, l’Union européenne avait envoyé un message extrêmement clair : les ventes de voitures neuves à moteur thermique devaient prendre fin en 2035. Cette décision historique s’inscrivait dans les objectifs climatiques européens avec une réduction de 55 % des émissions de CO2 en 2030 et la neutralité carbone prévue pour 2050. Mais trois ans plus tard, le discours commence déjà à évoluer. Sous la pression de l’industrie automobile et notamment de l’Allemagne, Bruxelles ouvre désormais la porte à plusieurs assouplissements qui brouillent de plus en plus la frontière entre voiture électrique et moteur thermique.
Crédit photo: carbon brief Projection Emissions de CO2 dans l’UE
Fin du thermique en Europe : ce que l’UE avait voté en 2022
La fin du thermique en Europe devait initialement interdire quasiment toutes les voitures neuves essence et diesel à partir de 2035. Le vote du Parlement européen du 8 juin 2022 prévoyait une réduction de 100 % des émissions de CO2 des voitures neuves à cette échéance. Dans les faits, cela revenait à imposer massivement les véhicules électriques à batterie.
L’objectif était double. Réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre du transport routier tout en accélérant la transition énergétique européenne face aux États-Unis et à la Chine. À l’époque, plusieurs constructeurs annoncent déjà la disparition progressive de leurs moteurs thermiques. Certains groupes comme Volvo ou Mercedes évoquent même une électrification presque totale avant 2035.
Mais derrière cette ambition politique apparaissent rapidement plusieurs difficultés : prix des véhicules électriques, ralentissement des ventes, infrastructures de recharge insuffisantes et inquiétudes croissantes de l’industrie automobile européenne.
Crédit photo: Illustration industrie automobile allemande
Pourquoi l’Union européenne commence déjà à assouplir le texte
Dès 2024 et surtout en 2025, plusieurs États membres commencent à demander davantage de flexibilité.
L’Allemagne joue un rôle majeur dans cette évolution. Son industrie automobile reste très dépendante des motorisations thermiques haut de gamme et des milliers d’emplois liés aux moteurs à combustion.
Face à la montée en puissance des constructeurs chinois dans l’électrique, Bruxelles commence alors à craindre une désindustrialisation partielle du secteur automobile européen.
La Commission européenne présente donc en décembre 2025 un nouveau dispositif automobile plus souple. L’objectif de neutralité climatique reste officiellement maintenu, mais les règles changent. Au lieu d’imposer 100 % de réduction des émissions de CO2 en 2035, Bruxelles évoque désormais une baisse de 90 % des émissions des flottes neuves.
Les 10 % restants pourraient être compensés grâce à l’utilisation d’acier bas carbone produit en Europe ou via des crédits liés aux carburants renouvelables comme les e-fuels et certains biocarburants.
Autrement dit, l’interdiction totale du thermique commence déjà à devenir plus complexe qu’annoncé initialement.
Crédit photo: Porsche eFuels
Les e-fuels peuvent-ils sauver les moteurs thermiques ?
Les e-fuels occupent désormais une place centrale dans le débat européen. Ces carburants synthétiques sont produits à partir d’hydrogène et de CO2 capturé dans l’atmosphère ou dans certaines installations industrielles. Théoriquement, leur combustion pourrait être quasiment neutre en carbone si toute la chaîne énergétique utilise des sources renouvelables.
Plusieurs constructeurs allemands, notamment Porsche, défendent activement cette solution depuis plusieurs années.
L’avantage principal est évident : les moteurs thermiques existants pourraient continuer à fonctionner avec des carburants beaucoup moins émetteurs de CO2 sans imposer un basculement total vers l’électrique. Mais les critiques restent nombreuses. Les e-fuels coûtent très cher à produire et leur rendement énergétique global demeure bien inférieur à celui d’une voiture électrique classique.
Pour beaucoup d’experts, ces carburants resteront surtout réservés aux véhicules sportifs, aux voitures de collection ou à certains usages spécifiques. Malgré cela, leur simple reconnaissance par l’Union européenne montre déjà que le scénario du “tout électrique obligatoire” n’est plus aussi figé qu’en 2022.
Crédit photo: Illustration Nissan Qashqai e-Power
Les hybrides à prolongateur brouillent totalement les règles
L’arrivée des hybrides à prolongateur d’autonomie complique encore davantage la situation. Sur ces véhicules, les roues sont entraînées uniquement par un moteur électrique. Le moteur thermique ne sert qu’à produire de l’électricité afin de recharger la batterie lorsque celle-ci se vide.
Techniquement, ces voitures roulent donc comme des électriques. Pourtant, elles utilisent toujours de l’essence.
Nissan commercialise déjà ce principe avec le Qashqai e-POWER. Sur ce modèle, le moteur thermique ne sert qu’à produire de l’électricité pour alimenter le moteur électrique qui entraîne les roues. D’autres constructeurs comme Mazda ou plusieurs groupes chinois travaillent également sur des solutions similaires.
Le problème devient alors presque philosophique : un véhicule électrique utilisant un moteur thermique comme générateur reste-t-il une voiture thermique ? Cette ambiguïté pourrait ouvrir la porte à de nombreuses exceptions réglementaires dans les années à venir. Et plus les règles deviennent complexes, plus il sera difficile pour l’Union européenne de maintenir une définition claire de la “fin du thermique”.
Crédit photo: Ferrari Présentation de la Luce électrique
L’Europe peut-elle encore reculer d’ici 2035 ?
Officiellement, l’échéance 2035 reste toujours en place. Mais politiquement et industriellement, le dossier paraît désormais beaucoup moins verrouillé qu’au moment du vote initial.
L’industrie allemande continue de peser très lourd dans les décisions européennes. L’Italie défend également plusieurs assouplissements afin de protéger certains constructeurs et sous-traitants.
À cela s’ajoutent les évolutions du marché. Les ventes de voitures électriques progressent moins vite que prévu dans plusieurs pays européens tandis que les hybrides connaissent un fort succès. Les prochaines élections européennes et les tensions économiques pourraient aussi modifier les priorités politiques d’ici quelques années.
Il reste donc très possible que l’Union européenne continue à ajuster progressivement sa position plutôt que de maintenir une interdiction totalement stricte.
Conclusion
La fin du thermique en Europe reste officiellement prévue pour 2035, mais la situation évolue déjà rapidement. Entre e-fuels, crédits carbone, hybrides à prolongateur d’autonomie et pression de l’industrie allemande, la définition même du moteur thermique autorisé commence à devenir beaucoup plus floue.
L’Union européenne semble désormais chercher un équilibre entre ambitions climatiques, protection industrielle et réalisme économique. Et à mesure que les technologies évoluent, il devient de plus en plus difficile de tracer une frontière simple entre voiture thermique et voiture électrique.
Nota Bene :
Entre e-fuels, hybrides et pression industrielle allemande, la fin du thermique en Europe paraît déjà moins stricte qu’annoncée en 2022.
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