Arrestation du président vénézuélien entouré d’agents de la DEA lors de son transfert vers les États-Unis
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Venezuela : quand Washington décide à la place d’un peuple

La nuit dernière, les forces spéciales américaines ont arrêté le président du Venezuela et son épouse, avant de les transférer aux États-Unis pour y être jugés. Officiellement, il s’agit d’endiguer le trafic de drogue. Officieusement, et presque sans détour, Donald Trump explique déjà que les Vénézuéliens vont « enfin gagner de l’argent » grâce à leurs puits de pétrole, désormais promis à une gestion par des entreprises américaines.

On peut penser ce que l’on veut de Nicolás Maduro. Et il faut bien reconnaître qu’il n’inspire ni admiration ni indulgence. Mais l’enlèvement d’un chef d’État étranger, hors de tout cadre international, viole frontalement le droit international, les conventions diplomatiques et l’idée même de souveraineté nationale. Ce n’est pas une opinion, c’est un fait.

Le plus troublant n’est pas tant l’acte que la justification. Car derrière le discours moral sur la drogue, l’argument économique arrive immédiatement, presque maladroitement. Le pétrole. Toujours le pétrole. Comme si l’histoire n’avait rien appris. Comme si décider à Washington ce que « veulent » les Vénézuéliens relevait d’une évidence naturelle.

Cette logique n’est pourtant pas nouvelle. L’Amérique latine garde une mémoire très vive des interventions américaines, de la baie des Cochons à Cuba aux Contras au Nicaragua. À chaque fois, la promesse était la même : stabilité, prospérité, démocratie. Et à chaque fois, le résultat a surtout été le chaos, la radicalisation et un ressentiment durable contre les États-Unis. Une recette incroyablement constante… et incroyablement inefficace.

Ce ressentiment ne se limite d’ailleurs plus au continent sud-américain. La réaction internationale est glaciale. Russie, Chine et Iran condamnent sans surprise. Mais l’Europe, elle aussi, observe avec un malaise de plus en plus visible. Les anciens alliés des États-Unis supportent de moins en moins cette diplomatie unilatérale, brutale, qui confond puissance et droit. Seule exception notable, Emmanuel Macron, fidèle à sa réputation d’être souvent fort avec les faibles et étonnamment discret face aux forts.

Le plus ironique, dans cette affaire, est que Donald Trump semble persuadé de faire une bonne opération politique. Or tout indique que cette décision pourrait bien lui exploser au visage. L’Amérique latine n’oublie jamais longtemps. Et l’ingérence étrangère, surtout quand elle touche aux ressources naturelles, a toujours produit l’effet inverse de celui recherché.

On peut renverser un homme. On peut même s’emparer de ses ressources. Mais imposer de l’extérieur ce que doit être l’avenir d’un peuple n’a jamais fonctionné. Jamais.

Nota Bene :

L’histoire récente montre que les interventions étrangères, même justifiées par de nobles discours, laissent souvent des cicatrices durables.
Le Venezuela pourrait bien devenir un nouvel exemple de cette vieille erreur répétée.

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