Honda NSX hybride (2016-2022) : pourquoi la deuxième génération a-t-elle changé de philosophie ?
La Honda NSX hybride apparaît en 2016 avec une mission particulièrement délicate : succéder à une sportive devenue mythique tout en adoptant des technologies presque opposées. Commercialisée sous le nom Acura NSX en Amérique du Nord, mais Honda NSX notamment en Europe et au Japon, elle associe V6 biturbo, trois moteurs électriques, transmission intégrale et boîte à double embrayage, là où la première génération misait sur un V6 atmosphérique, la propulsion et la boîte manuelle.
Cette transformation ne signifie pourtant pas que Honda abandonne l’idée fondatrice de la NSX. La technologie change radicalement, mais l’objectif reste proche : proposer des performances de supercar sans rendre la voiture intimidante ou pénible à utiliser. La deuxième génération cherche ainsi à reproduire avec l’hybridation ce que la première avait réussi avec l’aluminium et le VTEC.
Crédit photo: Illustration Honda NSX Hybride
Honda NSX hybride : pourquoi ressusciter la NSX onze ans plus tard ?
Lorsque la première Honda NSX disparaît en 2005 après quinze années de carrière, sa succession s’annonce compliquée. Honda étudie plusieurs projets au cours des années suivantes, dont une sportive à moteur V10, avant que la crise financière de 2008 ne bouleverse ses plans. Le retour de la NSX prend finalement une direction très différente, annoncée par un concept en 2012 puis concrétisée par la voiture de série.
La Honda NSX hybride renaît en 2016, onze ans après la première génération, mais Honda choisit de ne pas reproduire la recette de son ancêtre : la nouvelle NSX devient hybride, biturbo et à transmission intégrale. Ce changement répond à l’évolution considérable des supercars durant son absence. Entre-temps, les puissances ont explosé, les boîtes robotisées se sont généralisées et l’électronique est devenue essentielle pour exploiter les performances.
Honda conserve néanmoins une idée centrale de la première NSX : le conducteur ne doit pas avoir à lutter contre la voiture pour aller vite. La technologie devient donc beaucoup plus complexe, mais elle doit justement rendre cette complexité presque invisible au volant. C’est ce paradoxe qui définit toute la deuxième génération.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la Honda NSX Hybride
Crédit photo: Honda Motorisation NSX Hybride
V6 biturbo et trois moteurs électriques : une mécanique radicalement différente
La Honda NSX hybride combine un V6 3,5 litres biturbo avec trois moteurs électriques pour développer 581 ch dans sa version européenne. Deux moteurs entraînent les roues avant tandis qu’un troisième assiste le moteur thermique à l’arrière. L’ensemble forme le système Sport Hybrid SH-AWD et transforme profondément le fonctionnement de la NSX.
Le V6 est associé à une boîte à double embrayage à neuf rapports. À faible vitesse, l’électricité améliore la réponse immédiate, tandis que les moteurs électriques compensent en partie le temps nécessaire aux turbocompresseurs pour délivrer leur pression. Lorsque le conducteur accélère franchement, thermique et électrique travaillent ensemble pour fournir une poussée continue.
Mais les moteurs avant ne servent pas seulement à augmenter la puissance. Ils permettent aussi de contrôler indépendamment le couple transmis à chacune des roues avant. La véritable originalité de cette NSX n’est donc pas simplement d’être hybride : elle utilise l’électricité comme un outil destiné à améliorer directement son comportement dynamique.
Comment les quatre roues motrices transforment-elles le comportement de la NSX ?
La première NSX était une propulsion relativement légère. La seconde dispose de quatre roues motrices, mais d’une manière très particulière. Les deux moteurs électriques avant peuvent modifier presque instantanément la quantité de couple envoyée à chaque roue, tandis que le V6 et le troisième moteur électrique entraînent l’essieu arrière.
En virage, le système de transmission intégrale peut ainsi favoriser la rotation de la voiture et améliorer sa motricité à la sortie. Le conducteur bénéficie d’une capacité d’accélération impressionnante sans avoir constamment à gérer les réactions d’une propulsion de près de 600 ch. Le 0 à 100 km/h est réalisé aux alentours de trois secondes et la vitesse maximale atteint 308 km/h.
Cette sophistication sert donc un objectif étonnamment proche de celui poursuivi trente ans auparavant : donner confiance. Là où la première NSX obtenait ce résultat grâce à son équilibre mécanique et à son châssis, la seconde ajoute l’électronique et les moteurs électriques pour repousser beaucoup plus loin les limites accessibles au conducteur.
Crédit photo: Illustration NSX Hybride
Plus lourde et plus complexe : est-elle encore fidèle à la première Honda NSX ?
C’est probablement la question qui divise le plus les amateurs. Avec environ 1,7 tonne sur la balance, une hybridation complexe, quatre roues motrices et neuf rapports, la deuxième NSX semble très éloignée de la simplicité relative de son ancêtre. Elle abandonne également le V6 atmosphérique à haut régime et la célèbre boîte manuelle.
Pourtant, comparer uniquement leurs architectures revient à oublier ce qui rendait réellement la première NSX différente. Honda n’avait pas cherché à fabriquer la sportive la plus rudimentaire possible, mais à utiliser les technologies disponibles pour rendre une supercar plus accessible et exploitable.
Vue sous cet angle, la seconde génération respecte davantage son héritage qu’il n’y paraît. Elle offre des performances considérablement supérieures tout en restant progressive, confortable et relativement facile à conduire. Les moyens ont changé, mais l’idée d’une supercar capable de mettre rapidement son conducteur en confiance demeure.
Crédit photo: Honda NSX Hybride intérieur
Pourquoi la Honda NSX hybride n’a-t-elle jamais connu le succès de son ancêtre ?
La deuxième génération arrive pourtant dans un environnement beaucoup plus difficile. Son prix la place face à des marques dont l’image est directement associée aux supercars, tandis que son architecture hybride ne séduit pas nécessairement les passionnés attachés au caractère mécanique de la première NSX.
Elle souffre aussi d’un étrange paradoxe. Sa sophistication constitue précisément ce qui la rend techniquement intéressante, mais elle masque une partie de son caractère. L’intervention des moteurs électriques et des systèmes électroniques est remarquablement efficace, sans forcément procurer le spectacle mécanique attendu par certains acheteurs à ce niveau de prix.
Sa diffusion restera ainsi relativement confidentielle. Cette carrière discrète ne signifie pas que Honda a échoué techniquement : elle montre surtout combien il était difficile de remplacer une voiture dont la réputation s’était construite pendant quinze ans. La deuxième NSX avait peut-être le défaut d’être jugée en permanence à travers le souvenir de la première.
La deuxième génération arrive pourtant dans un environnement beaucoup plus difficile. En France, son tarif neuf tournait autour de 180 000 €, ce qui la plaçait directement dans l’univers des supercars établies et très loin du positionnement relativement accessible de la première NSX à ses débuts. Son prix la mettait ainsi face à des marques dont l’image était directement associée aux supercars, tandis que son architecture hybride ne séduisait pas nécessairement les passionnés attachés au caractère mécanique de la première NSX.
Crédit photo: Illustration Honda NSX Type S
NSX Type S : la version ultime avant la disparition en 2022
Pour terminer sa carrière, Honda dévoile en 2021 la NSX Type S. La puissance progresse, avec environ 600 ch selon les spécifications de marché, tandis que les turbocompresseurs, la gestion de la transmission, l’aérodynamique et plusieurs réglages du châssis évoluent. Cette version finale est produite en série limitée et devient immédiatement la plus exclusive de la deuxième génération.
La production de la NSX s’achève en 2022. Sa relative rareté, sa technologie particulière et sa position de dernière NSX produite à ce jour pourraient désormais jouer en sa faveur auprès des collectionneurs. Les exemplaires proposés sur le marché restent cependant très dépendants de leur kilométrage, de leur origine et de leur configuration, avec des valeurs pouvant largement dépasser 100 000 euros pour les voitures les plus recherchées.
La deuxième NSX n’a donc jamais remplacé la première dans le cœur de nombreux passionnés. Elle représente autre chose : une tentative particulièrement ambitieuse d’utiliser l’hybridation non pour réduire la consommation, mais pour rendre une supercar plus rapide et plus facile à exploiter.
Conclusion
La Honda NSX hybride a changé de philosophie en apparence beaucoup plus qu’en profondeur. V6 biturbo, moteurs électriques, transmission intégrale et électronique sophistiquée l’éloignent radicalement de la NSX originelle, mais tous ces éléments poursuivent finalement un objectif comparable.
En 1990, Honda avait démontré qu’une supercar pouvait être fiable et utilisable sans perdre son caractère. En 2016, la marque tente de prouver qu’une mécanique extrêmement complexe peut devenir presque transparente pour son conducteur. Deux époques, deux solutions techniques opposées, mais une même volonté de rendre la performance plus accessible.
Nota Bene :
En Amérique du Nord, cette deuxième génération a été commercialisée sous la marque Acura, tandis qu’elle conservait le badge Honda notamment en Europe et au Japon. Cette différence explique pourquoi une grande partie des exemplaires et des documents consacrés à cette génération apparaissent sous l’appellation Acura NSX.
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