Le salaire de Carlos Tavares, quand les bonus survivent aux pertes
Pendant des années, le salaire de Carlos Tavares a été défendu bec et ongles. Oui, il était énorme. Mais on nous expliquait que les résultats de Stellantis le justifiaient. Bénéfices records, rentabilité impressionnante, stratégie assumée. Circulez. En 2023, Carlos Tavares empoche 36,5 millions d’euros. En 2024, encore 23,1 millions, malgré une chute de 70 % du bénéfice net. Au total, plus de 102 millions sur quatre ans. Des chiffres qui donnent le tournis.
Et puis arrive 2025.
Stellantis annonce brutalement 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles. Le titre s’effondre de plus de 25 % en Bourse. La perte nette pourrait dépasser les 23 milliards sur l’année. Du jamais vu à cette échelle dans l’automobile moderne.
Comme par hasard, Carlos Tavares quitte la direction en cours d’année. Son successeur, Antonio Filosa, lance un grand “reset”. Classique. Nouveau patron, gros nettoyage comptable, on charge la barque de l’ancien pour repartir sur des bases plus flatteuses ensuite.
Mais les chiffres sont là. Échec du tout électrique, ventes en recul, problèmes de qualité, politique de prix trop agressive, ingénieurs licenciés puis rappelés en urgence. Même Stellantis le reconnaît désormais: la transition a été surestimée, notamment aux États-Unis. Résultat, marche arrière sur l’électrique et retour assumé vers l’hybride et le thermique.
Alors forcément, le salaire de Carlos Tavares revient sur la table. Pas par jalousie. Par logique. Car pendant que les salariés encaissent, que les clients voient les tarifs grimper et que l’entreprise plonge dans le rouge, les bonus, eux, ont déjà été versés. Basés sur des performances passées, sans attendre de savoir si les choix stratégiques tenaient vraiment la route.
Et c’est là que le système interroge.
Pourquoi la rémunération variable d’un dirigeant est-elle calculée sur N, parfois N-1, mais jamais sur N+2 ou N+3? Pourquoi ne pas conditionner une partie significative des primes à la durabilité réelle des décisions prises? Si la stratégie est bonne, elle le restera dans le temps. Sinon, la rémunération devrait s’ajuster.
Simple. Presque évident.
Le salaire de Carlos Tavares n’est pas qu’un chiffre spectaculaire. C’est le symbole d’un modèle où les bénéfices sont immédiats, mais où les conséquences arrivent plus tard, souvent pour les autres. Et quand on parle aujourd’hui d’efforts collectifs, de transition industrielle et de milliards envolés, ce symbole devient franchement difficile à avaler.
Nota Bene :
Dans l’automobile comme ailleurs, ce ne sont pas seulement les résultats qui comptent, mais leur durée. Récompenser la performance sans attendre ses effets réels, c’est parfois confondre vitesse et direction.
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