Mercury Cougar Eliminator 1970 orange, modèle emblématique de la marque Mercury
|

Histoire de la marque Mercury : de l’ambition d’Edsel Ford à sa disparition

L’histoire de la marque Mercury commence avec une idée simple : combler l’espace qui sépare les Ford populaires des Lincoln beaucoup plus prestigieuses. Edsel Ford lance la marque en 1938 et trouve rapidement son public. Mercury devient ensuite une véritable composante du paysage automobile américain, capable de produire aussi bien des V8 appréciés des amateurs de custom que des muscle cars ou d’immenses berlines. Pourtant, ce positionnement intermédiaire qui faisait toute sa pertinence finira par devenir son principal problème. Après 72 ans d’existence, Ford décidera que Mercury n’a tout simplement plus assez de raisons d’exister.

Crédit photo: Illustration de la présentation de la Mercury Eight en 1939

Présentation de la première Mercury Eight pour le millésime 1939

Histoire de la marque Mercury : pourquoi Edsel Ford la crée 1938

Mercury est créée en 1938 par Edsel Ford pour proposer des voitures plus valorisantes que les Ford sans atteindre les prix des Lincoln. Cette position intermédiaire fera sa réussite, mais deviendra aussi, sept décennies plus tard, sa principale faiblesse.
Ford souffre alors d’un véritable trou dans sa gamme. General Motors peut faire progresser ses clients de Chevrolet vers Pontiac, Oldsmobile, Buick puis Cadillac, tandis que Chrysler dispose également de plusieurs marques. Entre une Ford accessible et une Lincoln nettement plus chère, le choix est beaucoup plus limité.

La première voiture de la marque Mercury est présentée pour le millésime 1939. Baptisée Mercury Eight en référence à son moteur V8, elle développe 95 ch et offre davantage d’espace et de raffinement qu’une Ford. Le positionnement fonctionne immédiatement : plus de 65 000 exemplaires sont vendus lors de la première année. Mercury n’est donc pas née comme une marque de prestige, mais comme une réponse extrêmement pragmatique à l’organisation du marché américain.

Crédit photo: Illustration Mercury Turnpike Cruiser

Mercury Eight : quand la jeune marque trouve son identité

La Mercury Eight installe durablement la marque grâce à son mélange de moteur V8, de confort et de prix intermédiaire. Mais ce sont paradoxalement les préparateurs qui transformeront certaines Mercury d’après-guerre en véritables icônes américaines.
Les modèles de 1949 à 1951 jouent ici un rôle particulier. Leurs carrosseries aux formes généreuses se prêtent merveilleusement aux transformations : toit abaissé, carrosserie lissée, chromes modifiés et silhouette rapprochée du sol. La Mercury devient l’une des bases favorites de la culture custom. La célèbre Mercury de 1949 conduite par James Dean dans La Fureur de vivre contribuera encore à cette image.

Dans les années 1950, la gamme s’élargit avec les Monterey et Montclair. La spectaculaire Turnpike Cruiser pousse encore plus loin l’esthétique américaine de l’époque, avec profusion de chromes et équipements inhabituels. Mercury possède alors quelque chose qu’elle aura parfois du mal à retrouver ensuite : une personnalité immédiatement identifiable, distincte à la fois de Ford et de Lincoln.

Mercury Turnpike Cruiser, symbole du style américain des années 1950

Des chromes aux muscle cars : Mercury veut aussi être sportive

Les années 1960 transforment l’automobile américaine et Mercury ne peut rester uniquement associée au confort. Comet puis Cyclone permettent à la marque d’entrer dans l’univers des voitures compactes et performantes, mais c’est surtout la Mercury Cougar qui change son image.
Lancée pour 1967, la Cougar partage une partie de sa conception avec la Ford Mustang. Mercury ne se contente pourtant pas de changer les emblèmes. Son empattement est allongé, sa présentation plus raffinée et son habitacle davantage orienté vers le confort. Ses phares dissimulés derrière une calandre sur toute la largeur lui donnent également une identité immédiatement reconnaissable.

La Cougar XR-7 accentue ce positionnement plus luxueux tandis que les versions les plus puissantes, puis l’Eliminator, rapprochent Mercury du monde des muscle cars.
C’est peut-être à cette époque que la formule imaginée par Edsel Ford fonctionne le mieux : la Cougar utilise les ressources techniques du groupe tout en donnant réellement au client une raison de la préférer à une Ford.

Crédit photo: Illustration Mercury Cougar Eliminator 1970

Mercury Cougar Eliminator 1970 orange, modèle emblématique de la marque Mercury

Cougar, Marquis et Grand Marquis : l’âge d’or de Mercury

La Cougar devient progressivement l’un des grands noms de Mercury et connaîtra huit générations sous des formes parfois très différentes. Mais réduire la marque à ce modèle ferait oublier l’autre pilier de son succès : les grandes berlines américaines.
La Marquis apparaît à la fin des années 1960 et prend progressivement une place majeure dans la gamme. La Grand Marquis pousse ensuite cette recette vers davantage de confort, d’espace et d’équipements. Avec ses grandes dimensions, son V8 et sa conduite privilégiant la douceur, elle incarne parfaitement une certaine conception américaine de l’automobile.

Mercury ne vit alors absolument pas dans l’ombre. En 1978, la marque atteint environ 580 000 ventes, son record historique. Elle occupe une place considérable dans le groupe Ford et dispose encore d’une clientèle capable d’identifier ce qu’elle apporte. Mais le marché commence à changer. Les voitures américaines vont devenir plus compactes, les gammes vont être rationalisées et la nécessité de maintenir autant de marques différentes va progressivement être remise en question.

Crédit photo: Mercury Marauder 2003

Mercury Marauder 2003 noire à moteur V8

Quand les Mercury deviennent trop proches des Ford

À partir des années 1980, le problème de Mercury n’est plus vraiment la qualité de ses voitures, mais leur différenciation. De nombreux modèles partagent désormais tellement d’éléments avec des Ford qu’il devient difficile d’expliquer ce que la marque apporte réellement.
La Sable est étroitement apparentée à la Ford Taurus. Le SUV Mountaineer dérive de l’Explorer et le monospace Villager est développé dans le cadre d’un partenariat avec Nissan. Cette rationalisation réduit les coûts, mais affaiblit progressivement l’identité de Mercury.

Même la Cougar change plusieurs fois de personnalité : coupé sportif, modèle plus luxueux, puis ultime coupé à traction avant à la fin des années 1990. Mercury tente encore quelques coups d’éclat. La Marauder de 2003, dérivée de la Grand Marquis avec un V8 plus puissant et une présentation volontairement agressive, cherche notamment à renouer avec son passé sportif. Mais la question devient de plus en plus difficile à éviter : pourquoi acheter une Mercury lorsque la Ford équivalente offre presque les mêmes prestations ?

Crédit photo: Illustration Mercury Grand Marquis 2011

Pourquoi Mercury a disparu après 72 ans d’histoire

La disparition de Mercury n’est pas provoquée par un modèle catastrophique ou par un effondrement soudain. Elle résulte d’une lente perte de raison d’être. Sa gamme se réduit, ses volumes diminuent et Ford lui-même occupe désormais une partie du territoire autrefois réservé à Mercury.
En juin 2010, Ford annonce donc l’arrêt de la marque afin de concentrer davantage ses ressources sur Ford et sur le développement de Lincoln. La décision met fin à une histoire commencée sous l’impulsion d’Edsel Ford 72 ans auparavant.

La dernière Mercury produite est une Grand Marquis, sortie de l’usine canadienne de St. Thomas le 4 janvier 2011. Le choix du modèle paraît presque symbolique : cette grande berline traditionnelle représentait mieux que toute autre la clientèle que Mercury conservait encore.
La marque disparaît finalement pour presque la raison inverse de celle qui l’avait fait naître. En 1938, Ford avait besoin de remplir l’espace entre Ford et Lincoln. En 2010, cet espace était devenu trop étroit pour justifier une marque entière.

Mercury Grand Marquis 2011, l’une des dernières voitures de la marque

Conclusion

Mercury aura traversé une grande partie de l’histoire automobile américaine en changeant plusieurs fois de visage. La Mercury Eight des amateurs de custom, la sportive Cougar et l’imposante Grand Marquis semblent appartenir à trois mondes différents, mais répondaient au même principe : offrir davantage qu’une Ford sans atteindre le territoire de Lincoln. Lorsque cette frontière s’est progressivement effacée, Mercury a perdu ce qui avait justifié sa création. Sa disparition n’efface pourtant pas 72 ans d’histoire ni plusieurs modèles devenus indissociables de la culture automobile américaine.

Nota Bene :

La marque Mercury automobile et Mercury Marine n’ont aucun lien. La marque d’Edsel Ford est créée en 1938, tandis que le futur Mercury Marine naît en 1939 autour des moteurs hors-bord de Carl Kiekhaefer.

À lire aussi : Histoire de Pontiac : la saga américaine du rêve à la chute

Dans la même sous catégorie : Histoire de Tesla : l’empire électrique qui a bouleversé l’automobile

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *