Pertes Stellantis 2025 : 23 milliards d’euros et un virage stratégique brutal
En ce début 2026, l’industrie automobile européenne encaisse un choc d’une ampleur rare. Le groupe Stellantis s’apprête à publier des pertes historiques, estimées à près de 23 milliards d’euros pour l’exercice 2025. Une débâcle financière accompagnée d’un effondrement boursier spectaculaire et d’un changement de cap radical au sommet du groupe.
Né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, Stellantis incarnait encore récemment la promesse d’un géant mondial capable d’embrasser l’électrique à marche forcée. Aujourd’hui, le discours a changé. Derrière ces chiffres vertigineux, c’est tout un modèle industriel qui vacille. Comment en est-on arrivé là ?
Crédit photo: Illustarion du parcours boursier de Stellantis
Pertes Stellantis 2025, un choc historique pour l’industrie automobile
Les chiffres donnent le vertige. Vendredi 6 février 2026, Stellantis annonce environ 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles pour le second semestre, directement imputées sur les comptes 2025. Résultat, le groupe pourrait afficher les pertes les plus importantes jamais enregistrées par une entreprise française.
La réaction des marchés est immédiate : en une seule séance, l’action chute de 25 %. En comparaison avec janvier 2021, date de création du groupe, la capitalisation boursière a été divisée par deux. Une descente brutale, presque irréelle, pour un acteur censé dominer le paysage automobile mondial.
Ce n’est plus un simple trou d’air. C’est un séisme. Et il marque probablement la fin d’une période d’euphorie industrielle où l’on croyait possible d’imposer une transition technologique à coups de milliards.
Crédit photo: Stellantis Antonio Filosa
Antonio Filosa démonte méthodiquement l’héritage Carlos Tavares
Arrivé récemment à la tête du groupe, Antonio Filosa engage un vaste nettoyage comptable. Sa méthode est claire : passer les décisions passées au crible et assumer une remise à plat complète.
L’héritage de Carlos Tavares est directement questionné. Investissements massifs dans l’électrique, stratégie américaine agressive, politique tarifaire rigide… tout est réévalué. En chargeant volontairement les comptes 2025, la nouvelle direction se crée surtout une marge de manoeuvre pour espérer afficher un redressement dès 2026.
C’est un demi-tour stratégique assumé. Presque brutal. Mais parfois, pour repartir, il faut d’abord reconnaître que l’on s’est trompé de route.
L’électrique trop vite, trop cher, trop loin du consommateur
Le coeur du problème est là. La voiture électrique ne décolle pas comme prévu. Selon Bloomberg, la croissance mondiale attendue des ventes d’électriques en 2026 ne serait plus que de 12 %, contre 23 % en 2025 et 34 % en 2023.
Chez Stellantis, le constat est limpide : des modèles trop chers, une autonomie encore jugée insuffisante et un consommateur qui ne suit pas au rythme des investissements. L’idée d’une bascule rapide vers le tout électrique se heurte à une réalité beaucoup plus prosaïque.
Fascinant retournement. Après des années de discours volontaristes, l’industrie redécouvre une évidence : on ne transforme pas les habitudes de millions d’automobilistes par décret.
Crédit photo: Stellantis Siège du groupe aux USA à Anburn Hills
Les États-Unis comme épicentre de la débâcle
Le marché américain joue un rôle central dans cette crise. La suppression du bonus électrique décidée par Donald Trump a provoqué un effondrement brutal des ventes pour plusieurs marques du groupe, notamment Jeep, Dodge et Ram.
À cela s’ajoute une stratégie produit jugée trop rigide. Plusieurs modèles thermiques avaient été retirés de la gamme, au moment même où la demande pour l’électrique ralentissait. Résultat, Stellantis s’est retrouvé pris en étau entre une offre mal calibrée et un marché en pleine inflexion.
Cette combinaison explosive a accéléré la chute. Et elle illustre parfaitement ce qui arrive quand une vision industrielle se déconnecte trop longtemps du terrain.
Crédit photo: Chrysler Dodge Ram Hybride
Retour à l’hybride et au thermique, un virage mondial assumé
Face à cette réalité, Stellantis corrige sa trajectoire. En Europe, le groupe mise désormais davantage sur l’hybride, tout en réintroduisant des motorisations essence. L’objectif est simple : proposer une transition plus progressive, mieux acceptée par les clients.
Ce mouvement dépasse largement Stellantis. Ford, General Motors et même Renault ont annoncé des charges exceptionnelles élevées et revu leurs ambitions électriques. Après l’euphorie, place au pragmatisme. L’hybride devient une solution tampon, un compromis entre contraintes environnementales et attentes du marché.
Un mot résume cette nouvelle phase : réalisme.
Crédit photo: Stellantis Sites de production 2021
13 milliards d’investissements, mais un centre de gravité qui quitte l’Europe
Pour relancer la machine, la nouvelle direction parie massivement sur les États-Unis. Stellantis annonce 13 milliards d’euros d’investissements et des recrutements importants outre-Atlantique. Une décision lourde de conséquences.
Car dans le même temps, le centre de gravité industriel du groupe s’éloigne progressivement de ses pays fondateurs, la France et l’Italie. Pour un ensemble né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, le symbole est fort. Et il pose une question essentielle sur l’avenir industriel européen dans l’automobile mondiale.
Peut-on encore parler de champion continental quand les investissements majeurs partent ailleurs ?
Conclusion
Avec près de 23 milliards d’euros de pertes annoncées, Stellantis entre dans une zone de turbulences majeures. Le changement de direction marque la fin d’une ère et le début d’un repositionnement stratégique profond, entre ralentissement de l’électrique, retour de l’hybride et recentrage sur le marché américain.
Reste une interrogation centrale : ce virage suffira-t-il à redresser durablement le géant automobile, ou n’assiste-t-on qu’à un sursis avant d’autres secousses ?
Nota Bene :
Cette crise illustre un phénomène plus large dans l’automobile mondiale. Après l’optimisme électrique, les constructeurs redécouvrent les contraintes du réel. Entre ambitions politiques et attentes des clients, l’équilibre s’annonce plus complexe que prévu.
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